PÔLE JEAN MOULIN



BERTHELEME Jean-Louis
Source : http://www.kersalut.fr/index.html
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 17 avril 2020


Nom du ou des réseaux d'appartenance dans la Résistance :
Stacks Image 26256


Résistant de Kersalut en Plonévez-du-Faou
Stacks Image 26271

Article du site de KERSALUT : http://www.kersalut.fr/histoire.html

Avant guerre

Jean-Louis est né le 20 Octobre 1900 à la ferme de Kermenguy en Châteauneuf-du-Faou, commune voisine de Plonévez où il viendra vivre après son mariage.

Il fit ses études primaires à l'école publique de Châteauneuf-du-Faou où il obtint son certificat d'études.
Marguerite Henry est née le 23 décembre 1900 à Kersalut.ses deux frères et elle allaient à pieds, par tous les temps, à l'école publique de Châteauneuf-du-Faou, parce que c'était l'école laïque, ce qui valut à ses parents d'être excommuniés par le curé de Plonévez. Marguerite et ses deux frères ont obtenu le brevet, ce qui était exceptionnel pour une famille aussi modeste.
Jean-Louis et Marguerite se sont mariés le premier octobre 1922.
 De 1922 à 1925, le jeune ménage travaille à Kersalut avec les parents, Jean Henry et Marie-Anne. Mais pour faire vivre deux familles, cela ne suffit pas.

Jean-Louis part vendre sa force et son courage de L'autre côté de l'Atlantique.Il va émigrer aux Etats-Unis d'Amérique comme tant d'autres paysans pauvres du centre Bretagne. En 1926, il part seul. Il travaillera à la briqueterie de Keasbey, près de New-York. Là se côtoient émigrés polonais, allemands, espagnols, italiens. Il apprendra des brides de toutes ces langues, en plus de l'anglais. L'argent arrive. Marguerite agrandit la ferme de Kersalut. Quand l'occasion se présente elle achète des terres.
Jean-Louis est revenu d'Amèrique au début des années trente. Il est plein d'idées nouvelles qu'il met en pratique. Il construit un hangar, abat des talus, met trois champs en un, achète une pompe pour tirer l'eau. Il prend aussi une assurance vie. C'était un précurseur.Il achète même une automobile, une Mathis, la première du pays. C'était un homme bon, généreux, toujours prêt à aider. Il avait beaucoup d'amis. Il n'a jamais eu sa carte du parti communiste, mais il était communiste de coeur et, par tous, il était considéré comme tel.
Il est possible qu'il ait ramené ces idées de Keasbey. Des sentiments d'envie et de jalousie se manifesteront aux heures noires de l'occupation et de la collaboration.


Stacks Image 26276
La mobilisation

Marguerite et Yvette Berthélémé dans la Mathis à KersalutDès les premiers jours de la guerre Jean-Louis est mobilisé dans l'artillerie. Il est alors maréchal des logis. Il est fait prisonnier et envoyé au kommando de Grossbeeren, composé presque essentiellement de Bretons.
Il faisait le forgeron pour le compte de la Reichsbahn.
Il s'évade une première fois vers le 10 mai 1941.

A la ferme la situation change, les enfants doivent quitter l'école pour aider Marguerite qui était très active mais ne pouvait pas faire face à toutes les taches.
Au moment de sa captivité, à l'époque de la proscription du parti communiste français, des gens du parti ont été reçu à Kersalut. Le parti avait demandé d'héberger Jean Le Fol, venant du sud de la France. Il est resté longtemps, il se faisait passer pour un commis.

Et ce fut le retour d'Allemagne le 6 décembre 1941. Jean-Louis indomptable, avait réussi sa septième évasion. Pierre Denouald, le compagnon de cette odyssée, a raconté tout cela dans un article paru après la libération.



Stacks Image 26283
La résistance

La défaite, l'occupation allemande, la collaboration mettent le pays en coupe réglée. La France est pillée. Il faut nourrir l'occupant dans et hors de nos frontières et alimenter la féroce machine de guerre nazie. Il y a des réquisitions, les amendes si on ne livre pas ce qui est prévu.
Jean-Louis ne peut le supporter. Il est mis en contact par l'un des frères Floch de Penn-ar-Voas avec daniel Trellu et rentre au "Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France", organisation de résistance.
Sur Plonévez un groupe du Front national se forme autour de bourg. Ils commenceront par la distribution de tracts fournis par Jean-Louis. Il organise la résistance paysanne, ouvertement.
Plaque commémorative à Plonévez-du-Faou là où il interpellait la population Le dimanche à la sortie de la messe, il monte sur la pierre plate du garde-champêtre, en face de l'église, entre la boulangerie et la buvette, là où les nouvelles sont annoncées. En langue bretonne, il appelle les paysans à ne plus livrer beurre, blé, bêtes, aux sabots lourds, les boutoù pounner. C'est ainsi qu'il désigne l'occupant.
"Pas ur greun gwinniz, pas ul lur amann, pas ur vuoc'ch evit ar boutoù pounner".

C'est en mai 1943 que se situe l'affaire du moulin de Jean-Louis Hourmant, dans la commune de Plonévez. Son moulin avait été fermé par voie administrative de 23 février précédent, il avait interpellé un groupe de paysans, leur reprochant de manquer de courage et de ne pas se mobiliser pour rouvrir son moulin, par la force s'il le fallait.
En mai, un dimanche, les cultivateurs apprennent que les "messieurs de ravitaillement" leur ont infligé une amende collective pour n'avoir pas fourni le quota de beurre. Le lendemain un groupe de paysans frappent à la porte de Kersalut et demandent à Jean-Louis Berthélémé de diriger la manifestation.
Le moulin fut réouvert ce qui fit accourir le sous-préfet de Châteaulin accompagné de gendarmes.
En Juillet Jean-Louis et Jean-Louis Hournmant sont allés au tribunal à Châteaulin pour cette affaire. Ils ont été condamnés tous les deux à la même amende d'un montant de deux mille francs. Jean-Louis Berthélémé fut de surcroît condamné à quinze jours de prisons avec sursis. Lors du procès il fût soutenu par des paysans et des résistants dont daniel Trellu.

Jean-Louis continue d'animer la résistance paysanne. Il monte toujours sur la pierre à la fin de la grand-messe Il relance le marché aux poulains désormais interdit - il a rendu visite à des paysans du Léon - et réussit à organiser une foire clandestine qui aura lieu le 11 septembre 1943.
Mais ces jours de liberté sont désormais comptés. Les paroles qu'il prononçait chaque dimanche sur la pierre ne seront pas oubliées. Huit jours après l'arrestation de Jean-Louis le 9 novembre 1943, un groupe d'Allemands, accompagnés de gens réquisitionnés dans les fermes voisines est venu piller Kersalut en représailles..
Ils ont pris les vaches. Ils avaient pris le charnier, huit jours avant, lors de l'arrestation de Jean-Louis. Prévenu par Jean Charpentier, au service de ravitaillement, époux de l'institutrice de Plonévez, trois vaches avaient été cachées dans les fermes voisines.
Stacks Image 26292
Les aviateurs Américains

Lettre du Général EISENHOWERLe mois de mai 1943 fut riche en événements. Kersalut avait hébergé dans le poulailler cinq aviateurs américains. Ils ne sont pas resté longtemps, car les allemands savaient qu’ils étaient dans le coin et les cherchaient activement.
Le lundi 17 mai, en fin de matinée, une forteresse volante s'abat sur Keramprès, près de la route de Landeleau. Jean-Louis Berthélémé voit un parachute descendre sur Kerlaviou. Il va à son secours et ramène l'aviateur au poulailler désaffecté de Kersalut. C'est le premier. Quatres autres vont suivre. Parmi eux il y a un blessé, le sergent Niels D.Loudenslager, mitrailleur, que Jean-Louis porte sur son dos pour la fin du trajet.
Ils sont transportés de nuit à Landeleau où François Guichoux, le tailleur, a le contact avec le groupe de Carhaix spécialisé dans l'évacuation des aviateurs alliés.
Un sixième aviateur rejoindra le groupe.

Leur forteresse volante revenait d'un bombardement du port de Lorient et avait été touchée par la Flack. Deux morts, trois prisonniers à Châteauneuf, et six rescapés, tel fut le sort du B17F "BOOT'S HILL" tombé le 17 mai 1943 à Keramprés. Les six rescapés atteindront finalement Barcelone, où le consul de Grande-Bretagne organisera leur retour.
Stacks Image 26299
Le premier maquis de Bretagne

En Juillet 1943, dans les montagnes Noires, à Meilh-ar-C'hoat en Saint-Goazec, c'est la création du premier maquis de Bretagne.
1943. Daniel Trellu, Raymond Chevalier dans la clandestinité, pense à former un maquis mobile, le premier du genre, pour harceler l'occupant. Un maquis fonctionnant sur le principe de la goutte de mercure, un maquis comme elle insaisissable, glissant et se fractionnant à la moindre tentative de capture.

« C'était l'époque de la chasse aux jeunes pour la déportation en Allemagne, afin de remplacer au travail ceux que Hitler avait dû envoyer sur le front de l'Est après les revers de Stalingrad. Cette étape de la résistance Bretonne a constitué un changement tant quantitatif que qualitatif de nos formes de Résistance, (forme) que j'ai appelée: La Bretagne occupée par les Bretons" selon Daniel Trellu.

Plaque commémorative de Saint-Goazec Réné Pichavant dit : "Au petit matin, alors qu'il se rase, Jean-Louis voit apparaître une voiture dont les phares balaient le fond de la nuit. Il n'attend pas de visite. Cela ne lui dit rien qui vaille. Il saute par la fenêtre, enfourche sa bicyclette toujours posée contre la façade de la maison au cas où le fuite serait nécessaire, gagne la prairie en face pour épier le mouvement. Ce sont les gendarmes de Châteaulin. Ils viennent vérifier les informations que des âmes peu charitables leur ont fournies au sujet d'étranges individus dans le secteur. Et la gendarmerie, très "maréchal-nous-voilà" perquisitionne. Pour la règle administrative elle s'est adjointe au passage un collègue de Châteauneuf. Mais ce collègue venu en renfort tient en estime le maître des lieux. C'est lui qui sauvera la situation. En effet, il gravit l'échelle du grenier, éclaire de sa torche quatre formes dans des lits de coin, redescend et déclare: personne non plus là-haut!"

Ces quatres Camarétois suivront aussi la charrette de Kersalut les guidant vers le maquis.
Les jeunes volontaires aboutissent à Kervigoudou, dans un bois des Montagnes Noires au confins de Saint-Goazec. Yffig Le Gall qui doit leur apprendre le maniement des armes, les réceptionne. et ils commencent à creuser les tanières dans le sol.
Ainsi naît le premier maquis de Bretagne.

L'arrestation

"Un jour ils te prendront", disait Marguerite, sa femme. Un jour ils sont venu le prendre.

Le dernier dimanche du mois de septembre, les gendarmes de Châteauneuf sont venus à Kersalut. Le maréchal des logis Le Blévennec a averti Marguerite de la menace qui pesait sur Jean-Louis.

-Il va encore monter sur la pierre et faire un sermon. Dites-lui que nous avons ordre de l'arrêter.

Qu'il s'en aille!

Prévenu par sa femme, Jean-Louis a sauté sur sa bicyclette. Il est allé se réfugier chez un cultivateur de Plounéour-Menez, ensuite chez un marchand de chevaux puis à Camaret. Il regagne ensuite les Monts d'Arrée et se cache chez Pierre Plassard et sa mère Marc'harit Bihan, au village de Trédudon-le-moine.

De ce repaire, il continue d'animer la résistance. Depuis juillet 1943, il est capitaine FTP par décision du comité militaire interrégional, et chargé de l'organisation et de l'action des groupes paysans du Finistère. A la même époque, il a été nommé membre du comité militaire départemental des francs-tireurs et partisans français.

Trédudon-le-Moine est un endroit exceptionnel. Deux résistants des Mont d'Arrée, Pierre Lachuer et Jean Kerdoncuff le disent mieux que personne: "Le village de Trédudon-le-Moine est accroché comme un nid au versant sud de la montagne. Dès les premiers jours de l'occupation, les trente-deux foyers de ce village et les fermes environnantes deviennent pendant près de quatre très longues années un bastion de l'organisation clandestine du Front National, de l'OS et de FTPF. C'est une base de refuge, une base de propagante et d'organisation, une base opérationnelle.

Les sacrifices imposés à Trédudon et à son secteur ont été à la mesure de l'action menée par ses habitants dans le dur, très dur environnement de la clandestinité, au péril de l'ennemi et de ceux qui lui était soumis: 29 fusillés, 16 déportés dont 10 camarades morts en déportation, 11 tués au combat, 1 disparu. Tous martyrs de la résistance.

L'état-major du Front National(FTP), à Paris, a décerné au village de Trédudon-le-Moine, en Berrien, le titre de "premier village résistant de France".


Au Front National, Jean-Louis Berthélémé prend alors des responsabilités majeures. Il doit remplacer Bernard Paumier dans le Cher. Bernard Paumier est en charge de la paysannerie au niveau national.
Mais cela ne se fera pas, car entre temps il reviendra à Kersalut et il se fera arrêter.


Cette fois il attend huit aviateurs que Louis Haïs et Marcel Berri doivent lui confier afin de les mener en lieu sûr. Dans la soirée du 9 novembre 1943, il fait halte au domicile du vétérinaire de Châteauneuf qui l'informe du report de l'entreprise, le retient à dîner et lui propose un lit. Mais Jean-Louis refuse.

Il était tard, vers une heure du matin il est arrivé à Kersalut.

-A cette heure je ne crains rien, a-t-il dit à sa famille.

Il avait sur lui son pistolet d'ordonnance.

-D'où tu viens? demande Marguerite.

Il a entendu du bruit. Il est allé à la fenêtre.

-Merde c'est les frisés.

Il est monté au grenier. Il a regardé par la lucarne. La maison est cernée. Il a caché le revolver dans un tas de blé.

Une trentaine de Feldgendarmes, l'adjudant Gerhart Albert de Châteaulin en tête, investissent Kersalut et occupent toute la route de Plonévez.

Une trahison? Jean-Louis n'était pas attendu à Kersalut ce soir là.

En bas les "boches" ont tiré dans le grenier. Il y a encore la trace des balles. Craignant la riposte, ils exigent que Marguerite les précèdent dans l'escalier.

Alors Jean-Louis descend lentement et se rend. Il sera conduit à la prison de Quimper.


La prison

A la prison de Quimper,Jean-Louis pense toujours à s'évader. Un des projets a failli aboutir . Il était caché dans les cabinets à la fin de la promenade quotidienne. Un des gardiens a fait échouer le plan. Jean-Louis regrettera de ne pas l'avoir neutralisé sur le champ. Se refusant à assommer un Français, il a sans doute perdu là sa meilleure chance de s'évader.

Le 4 Janvier 1944 Louis Drévillon et Jean-Louis Berthélémé sont transférés à la prison Saint-Charles de Quimper.

Il partage deux jours la cellule 83 de Jean-Louis Derrien, jeune FTP de Loqueffret, parle de nouveau d'évasion, et prend le train pour Compiègne. Le 19 janvier 1944 il prend la destination de l'Allemagne. Jean-Louis Drévillon le suivra jusqu'au bout de l'enfer nazi, jusqu'à la mort.
Stacks Image 26308
La déportation

Jean-Louis Berthélémé est mort le 4 Mars 1945 à Nordhausen, à quelques kilomètres du camp de Dora-Mittelbau. Il faisait parti d'un convoi de malades évacué des camps vers une destination inconnue, à quelques semaines de la capitulation allemande.

Il quitta Compiègne pour l'Allemagne le 19 Janvier 1944. François Lespinasse, son compagnon de route, témoigne qu'ils étaient ensemble au bloc 48 de Buchenwald qu'ils quittèrent le 13 mars pour Dora.
En octobre 1944, Dora devint camp autonome et prend en charge 23 kommandos extérieures, dont le commando d'Ellrich.
Sur 60 000 déportés passés par Dora et ses kommandos, 20 000 y sont morts. Ce sera le sort de Jean-Louis. Il a rencontré là Joseph Jourden, jeune résistant originaire de Saint-Renan près de Brest. Il échappera à la mort et la famille le rencontrera à la libération. Ils se suivent à Ellrich le premier mai 1944, puis au kommando Tony, du nom de son kapo, un fou, un triangle vert, un droit commun allemand, ce qui pouvait arriver de pire à un déporté politique.
"Jean-Louis un tempérament de feu, sociable jusqu'au plus noir de la misère" témoignera Joseph Jourdren.
Il commence à souffrir de furoncles aux chevilles et entre au "Revier" mouroir plus qu'infirmerie, le 19 Juin. Il retrouve François, Le Bordelais, souffrant lui d'un érysipèle.
Croix de guerre, Medal of Freedom, Légion d'honneur,Croix du combattant volontaire de la résistance Puis se sera le kammando d'Ellrich de juillet à novembre. Son état de santé ne cesse d'empirer. Ce sera Harzungen, et au début de mars 1945, Nordhausen, où il meurt le 4 mars, au lendemain de son arrivée.
A la libération des rumeurs couraient qu'il avait été vu en Pologne, après ces faux espoirs, il fallu, pour la famille, apprendre à vivre sans lui.

Il nous reste leur exemple à tous deux, Marguerite et Jean-Louis. En ces noires années de guerre, de défaite, de trahison, à Kersalut ils firent vivre les plus hautes valeurs de la résistance.

Source : http://www.kersalut.fr/index.html

Ouvrage : Résistants et maquisards dans le Finistère éditions: Keltia Graphic ISBN-978-2-35313-030-6.

Sur la base du témoignage d'Yvette Berthélémé, fille de Jean-Louis Berthélémé, recueilli par Anne Friant de l'ANACR.