PÔLE JEAN MOULIN

Chers Amis du Pôle Jean Moulin-réseau MRN, A toutes et tous nos voeux les plus chaleureux pour 2021. L'année qui s'achève fut rude et éprouvante. Une pensée fraternelle pour tous nos amis disparus. Ils resteront chers à notre coeur. Je vous embrasse, Anne FRIANT MENDRES



​KOLINKA Ginette
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 24 mai 2021


Source : https://www.wikiwand.com/fr/Ginette_Kolinka

"Ginette Kolinka, née Cherkasky, le 4 février 1925 à Paris, est une survivante du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire de la Shoah[1]. "


Stacks Image 26268
Source : Ouest-France du 22-23 mai 2021

Ginette Kolinka, invitée par l’établissement scolaire Jean-Moulin de Châteaulin (Finistère), dont Antonin Niger, Hélène Donal et Adeline Ledent-Liot (absente), a redit son engagement contre la haine.
Témoignage recueilli par Carole TYMEN le 22/05/2021


Devant les élèves du Lycée Jean MOULIN à Châteaulin, cette ancienne déportée d’Auschwitz témoigne

​Ginette Kolinka, a été déportée à l’âge de 19 ans, dans les camps d’Auschwitz II – Birkenau, en 1944. Invitée par l’établissement scolaire Jean-Moulin de Châteaulin (Finistère), il y a quelques jours, la nonagénaire a redit son combat contre la haine.
Entretien avec Ginette Kolinka, déportée en 1944 dans les camps d’Auschwitz II – Birkenau.

Vous avez été arrêtée sur dénonciation, puis déportée, en 1944, en Pologne. Pourquoi est-ce important de transmettre l’histoire de la Shoah en 2021 ?

Transmettre est moins important que de rappeler la cause de cette histoire : la haine. C’est la clé cette histoire qui attriste ou dégoûte. C’est ça que les jeunes doivent se mettre dans la tête. Si je vais dans les écoles, c’est pour les mettre en garde : la haine, c’est un pied dans Auschwitz. Et la haine existe encore aujourd’hui, c’est ça qu’on doit comprendre. Qu’est-ce que ça peut faire que je sois juive, musulmane, catholique, etc. On est des êtres humains et puis c’est tout. Chacun avec ses qualités et ses défauts mais acceptons-nous. Dès que nous mettons des étiquettes, c’est là que commence la différence.

Jusque dans les années 1990, vous n’étiez pourtant pas bavarde sur le sujet.


Quand le film, La Liste de Schindler, est sorti (1993), quelqu’un est venu me voir, ça a été le point de départ. Jusque-là, on n’en parlait pas ou peu, les gens avaient réappris à vivre. Alors, les déportés dans les familles, vous savez… C’était la dernière roue du carrosse. Moi je n’ai pas eu de problème car j’ai retrouvé une famille mais il faut avoir conscience que la personne déportée qui rentrait de camp était dans un état lamentable. Vous croyez qu’elle avait un bon moral, sans personne, sans logement, sans métier ? Qu’elle se projetait avec sa liberté retrouvée ?

Est-ce que le regard des jeunes sur ces faits historiques a changé depuis que vous les racontez ?

De toujours, les questions ont porté toute sur la vie dans un camp mais la jeunesse a changé, grâce aux professeurs. Ce sont eux qui ont notre avenir entre leurs mains.

Les témoins directs sont de moins en moins nombreux. Vous avez l’impression d’aujourd’hui parler pour un groupe ?

C’est difficile de parler pour les autres. Vous pourriez interroger trois déportés, on a tous souffert de la brutalité, de la saleté, du froid et de la faim, mais on a tous souffert différemment. Mais si ce n’était que moi, je resterai chez moi à regarder la télévision. C’est via ce livre, Retour à Birkenau, écrit avec Marion Rugierri que je suis parmi les élèves. Mais c’est plutôt gênant, je tire une certaine gloire de cette histoire alors que des millions de personnes ont été assassinées.

Vous présentez à votre auditoire des photos des camps, ça aide à raconter l’indicible ?

Sur celle-ci, par exemple, on voit une chambre à gaz et c’est bien de le montrer. Moi, je la voyais de mon bloc mais je ne le savais ce que c’était à l’époque. J’ai appris plein de choses quand je suis revenue. Aujourd’hui, allez à Birkenau, vous ne verrez pas une seule trace d’un mort.

Que pensez-vous du « tourisme de mémoire » qui consiste à se rendre sur place ?

Je me demande si c’est si bien que ça. Si vous allez à Birkenau (le plus grand camp de concentration et d’extermination du IIIe Reich) aujourd’hui, sans avoir rien préparé, vous vous dites « ceux qui racontent, exagèrent ». On y voit de grandes étendues, de l’herbe, des arbres, des oiseaux, des lièvres et même des biches qui s’y promènent. Mais ce n’est pas ça Birkenau. La boue était notre quotidien, son rôle était d’être un camp de la mort.

Stacks Image 26276


Ci dessus : Humour nazi à l'entrée du camp ? Arbeit macht frei (« le travail rend libre »)
https://www.wikiwand.com/fr/Auschwitz

Stacks Image 26286
Source : LE TELEGRAMME https://www.letelegramme.fr/finistere/brest/ginette-kolinka-a-raconte-ses-annees-dans-les-camps-de-concentration-19-11-2019-12436812.php

Publié le 19 novembre 2019 à 13h42
Ginette Kolinka a raconté ses années dans les camps de concentration

Rescapée du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau durant la Seconde Guerre mondiale, Ginette Kolinka a témoigné devant 300 personnes, lundi, au lycée La Croix Rouge - La Salle. Pour que jeunes et moins jeunes n’oublient pas cette période noire de l’Histoire.

Lundi 18 novembre, l’auditorium du groupe scolaire La Croix Rouge - La Salle, à Brest, était comble pour écouter le témoignage de Ginette Kolinka, âgée aujourd’hui de 94 ans. Ancienne déportée durant la Seconde Guerre mondiale, elle figurait parmi les 1 500 personnes du convoi 71, le même que Simone Veil (qui s’appelait encore Jacob à l’époque) et Marceline Loridan-Ivens (ex-Rosenberg). Devant environ 300 personnes, elle s’est attachée à dépeindre le contexte en respectant la chronologie, en expliquant sa fierté d’être française de par son père, « né à Paris et qui à fait la guerre de 14 ».


À lire sur le sujetL’amour après. L’incomparable leçon de vie de Marceline Loridan-Ivens


Un « joli » tatouage…

Le 13 mars 1944, alors qu’elle a 19 ans, Ginette Kolinka, juive athée avec des origines ukrainienne et roumaine, est arrêtée à Avignon par la Gestapo avec son père, Léon Cherkasky, son petit frère Gilbert (12 ans) et son neveu, à la suite d’une dénonciation. Fin mars, c’est le départ pour le camp de travail de Drancy, en région parisienne, avant un transfert à quelques kilomètres de là, en gare de Bobigny, le 12 avril.

« On se disait qu’on allait nous envoyer travailler dans un camp, dans les champs ou à l’usine »
« On était aux mains de l’armée allemande. Il y avait des cris, des ordres en langue étrangère, des coups. À un moment, j’aperçois un train de marchandises. Je me dis que c’est certainement pour du bétail. Mais non, on nous a fait monter à l’intérieur. On se disait qu’on allait nous envoyer travailler dans un camp, dans les champs ou à l’usine ». Elle ne se doutait pas, alors, qu’elle allait rejoindre l’enfer d’Auschwitz-Birkenau, en Allemagne.

La suite de son récit retrace les humiliations subies, le quotidien au camp de concentration, la violence des kapos et la déshumanisation industrielle en commençant par le « joli » tatouage n° 78 599 sur le bras. En mai 1945, elle change de camp à trois reprises pour finir à Theresienstadt. Bonne surprise, ce dernier a été libéré et elle est donc accueillie par les Alliés. Elle sera la seule de sa famille à revenir vivante à Paris où elle retrouvera sa mère et ses sœurs qui, elles, n’ont pas été déportées.


Un livre témoignage

« Je n’aurais jamais pensé retourner un jour à Auschwitz-Birkenau. Mais en 2000, on m’a demandé de remplacer un membre de l’Union des déportés d’Auschwitz pour accompagner un groupe scolaire », indique Ginette Kolinka qui, depuis, va d’écoles en écoles raconter son parcours. « Je vous demande d’être passeurs de mémoires, de parler autour de vous », a conclu celle qui, en mai dernier, a publié chez Grasset un livre témoignage de 112 pages sur la Shoah intitulé « Retour à Birkenau ».

À lire sur le sujet Shoah. Le témoignage essentiel de Ginette Kolinka


Stacks Image 26291
Source : https://www.letelegramme.fr/morbihan/lorient/shoah-le-temoignage-essentiel-de-ginette-kolinka-04-06-2019-12302542.php


Publié le 04 juin 2019 à 17h36 Modifié le 04 juin 2019 à 18h12

Shoah. Le témoignage essentiel de Ginette Kolinka

Elle a vécu l’horreur des camps d’extermination et de concentration, se considère comme une chanceuse et non comme une courageuse. Ginette Kolinka, 94 ans, a rencontré, ce mardi, les élèves de 3e du collège Kerbellec de Quéven. C’est ici qu’elle a débuté son tour des établissements scolaires morbihannais. Plus qu’une leçon d’histoire, une leçon de vie.

« Je ne sais même plus ce que c’est de pleurer, même pas la larme à l’œil ». Nul doute que le témoignage de Ginette Kolinka, déportée, survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau, a touché les 180 élèves de 3e du collège Kerbellec. 

Ce mardi matin, la pétillante dame de 94 ans a donné quelques heures de son temps pour raconter son histoire. Sans détours, sans rien cacher aux adolescents qui ont attentivement écouté la nonagénaire. Ginette Kolinka a commencé par parler de haine. « C’est ça qui a poussé Hitler. Il détestait les juifs et les communistes et nous étions les deux ». « Avez-vous de la haine contre les Allemands ? », demande Pauline. « Avant, oui. Je ne faisais pas de distinction, aujourd’hui je prêche la paix. Mais il n’y a pas de pardon pour les nazis. Si je croise un homme allemand âgé, je me poserai quand même la question. Était-ce un nazi ? ».
Stacks Image 26296
SUITE DE : Shoah. Le témoignage essentiel de Ginette Kolinka

« C’était l’usine de la mort »

« Est-ce que tu trouves que ce juif a quelque chose de spécial ? », demande Ginette Kolinka, montrant une photo à un élève. « Non ? Moi non plus. On nous a fait porter l’étoile, on a inscrit sur nos documents d’identité: juif. Je ne pouvais pas aller à la piscine n’y aller au stade ». Sans un bruit dans la salle, la rescapée a déroulé son témoignage. Du passage en zone libre de sa famille suite à une dénonciation, à l’arrestation par la Gestapo, à Avignon, un midi, alors qu’elle rentrait manger après son travail sur le marché. 
Le 12 avril 1944, c’est le départ pour son père, son petit frère et elle pour « ce que l’on nous avait présenté comme un camp de travail ». Après des heures de train, dans le noir, entassés comme du bétail, les passagers retrouvent enfin la lumière du jour. « C’est là que l’enfer a commencé. C’était l’usine de la mort ». Ginette Kolinka se souvient précisément de la dernière image de son père et son frère. « À la sortie du train, il fallait marcher jusqu’au camp mais un camion attendait ceux qui étaient fatigués, on nous a dit que l’on se retrouverait tous là-bas je les ai poussés à monter. Sur le camp, nous demandions : " Quand allons-nous revoir nos familles ? " Des femmes, qui étaient là depuis longtemps, nous ont dit : " C’est fini, ils sont partis en fumée "».

« Ce n’était pas du courage mais de la chance »

Ginette Kolinka s’appuie sur des photos du camp, qu’elle ne reconnaît pourtant pas, « cela n’a rien à voir, c’était sale, rempli d’excréments, de poussière ». Après être allée en centre de concentration, elle est finalement rapatriée à Lyon en avril 1945. Elle retourne à Paris, retrouve sa mère qui lui tombe dans les bras. « Elle m’a demandé quand mon père et mon frère allaient revenir. Je lui ai annoncé d’une façon très brutale qu’ils étaient morts. Je n’étais plus humaine, je n’avais plus de sentiments ».
Anna demande à Ginette : « Comment avez-vous survécu à cette horreur ? » « Je n’ai pas d’explications, on était dans le froid, la crasse. Quand on ne peut pas faire autrement, soit on supporte, soit on meurt ». 
Pour étudier la Seconde Guerre mondiale, les adolescents ont travaillé toute l’année sur la vie de Ginette Kolinka. « Pour les élèves, c’est plus concret, ils ne font plus d’Histoire, ils sont dans l’Histoire, ils ont la version d’un vrai témoin », explique Maryse Lebreton, professeure d’histoire-géographie. 

Les questions étaient nombreuses dans l’assemblée : « Avez-vous été récompensée pour votre courage ? », demande Maïwenn. « Ce n’était pas du courage mais de la chance, mais oui, j’ai eu plein de médailles mais vous savez, ils les donnent facilement ! ».


Pratique
Ginette Kolinka vient de publier « Retour à Birkenau » et poursuit son tour des établissements scolaires. Ce mardi après-midi, elle était à Victor-Hugo à Hennebont mais passera aussi, entre autres, par le collège de Kerdurand à Riantec.

Stacks Image 26300
Stacks Image 26326
Source : https://www.letemps.ch/societe/ginette-kolinka-ne-faut-retourner-birkenau-printemps

Ginette Kolinka: «Il ne faut pas retourner à Birkenau au printemps»
A 94 ans, Ginette Kolinka est une des dernières rescapées d’Auschwitz-Birkenau à pouvoir transmettre aux jeunes générations ses souvenirs des camps de la mort. Ils font l’objet d’un livre paru le 5 mai dernier: «Retour à Birkenau»

«Il ne faut pas retourner à Birkenau au printemps.» Voilà les mots de Ginette Kolinka foulant les allées de graviers bien nettes, entre les fleurs et les carrés d’herbe manucurés, de ce qui fut le plus grand camp de concentration et d’extermination du Troisième Reich. La vue d’une joggeuse à l’endroit où, 75 ans plus tôt, son père, son frère, et plus d’un million de personnes, ont été réduits en fumée; là même où des Allemands lui ont rasé, à elle et à tant d’autres, cheveux, pubis et toute trace de dignité lui donne envie de hurler. Qu’est-ce que la mémoire? Qui se souviendra?

Quand elle est extraite de l’enfer à la Libération, un médecin note son poids: 26 kilos. Les écoliers d’aujourd’hui seront les derniers à pouvoir entendre, de la bouche de ceux qui l’ont vécu, l’indicible. Voilà pourquoi, à 94 ans, Ginette Kolinka parle, rencontre, raconte sans relâche et dans toutes les écoles, pour que l’on n’oublie pas de quoi la haine est capable. Ses propos, recueillis par la journaliste Marion Ruggieri, font l’objet d’un livre paru le 9 mai 2019: Retour à Birkenau, chez Grasset.

Bien d’autres avant elle ont partagé cette tranche de mort. Ses propos trouvent toutefois une chambre d’écho particulière alors qu’un antisémitisme décomplexé refait surface. «Mais attention. Je ne suis pas malheureuse. Pour illustrer l’article, je veux une photo de moi souriante. Ce n’est pas parce que c’est grave qu’il faut avoir l’air d’une pleurnicheuse moche.» Nous voilà prévenus.

Quel souvenir gardez-vous de votre enfance, votre adolescence, avant votre arrivée à Birkenau?

Je suis née le 4 février 1925 à Paris. J’ai le souvenir d’une enfance tout à fait normale, la petite dernière d’une famille de six filles, donc très gâtée, pas très débrouillarde ni très futée, je l’avoue, je ne faisais qu’imiter mes aînées. Même pas très bonne élève! J’étais juste une fillette toute simple, qui ne pensait à rien. Sans rêves ni espoirs particuliers, j’avais l’âge que j’avais et j’attendais l’année d’après – comme maintenant, j’étais dans l’instant présent. Avec mes sœurs, j’avais un stand au marché d’Aubervilliers, on vendait des dessous. D’ailleurs, je faisais le marché le jour où la Gestapo nous a emmenés, mon père, mon frère, mon neveu et moi.

Pourriez-vous nous raconter votre premier jour à Birkenau?

Il y a plusieurs premiers jours avant Birkenau, vous savez. Il y a le premier jour d’arrestation. Le premier jour quand on est en prison. Le premier jour quand on arrive à Drancy. Le premier jour de voyage, dans le train, sans lumière vers l’Allemagne. Et le premier jour dans le camp. Moi, je n’avais pas peur, en arrivant. Je croyais que les juifs arrêtés allaient dans des camps de travail. J’imaginais des travaux durs. Avant Birkenau, j’avais été vendeuse et dactylo. Pour moi, les travaux durs, c’étaient les champs et l’usine: pourquoi avoir peur, j’en connaissais, des gens à l’usine, on n’en mourrait pas. Le travail ne tue pas. Normalement.

En descendant du train, il y avait un camion. On m’avait dit qu’il transportait les plus faibles, pour leur épargner le trajet de la «Judenrampe» jusqu’à l’entrée du camp, environ 1 kilomètre. Alors j’ai dit à mon père de 61 ans et à mon frère de 12 ans, Gilbert, de prendre le camion. Cela, je ne me le pardonnerai jamais. Les camions allaient en réalité directement dans les chambres gaz. Je ne savais pas, moi, j’ai commencé à marcher avec les autres.

Que vous est-il arrivé, à vous, ce jour-là?

A Birkenau, vous arrivez encore civilisé. Vous êtes encore un être humain. Mais ce qui est incroyable, c’est qu’en très, très, très peu de temps, vous ne devenez plus rien. On vous déshabille. On vous rase les cheveux. Le pubis. Vous imaginez? On vous tatoue. Matricule 78599. En l’espace de quelques heures, vous n’êtes plus rien. Moi-même, je n’y croyais pas! Personne ne pouvait le croire. Il vous tombe sur le crâne des choses que vous n’avez jamais vues nulle part. Vous ne pensez plus, vous subissez, vous tentez de survivre. C’est tout.



Je me souviens aussi que le premier jour, on m’avait donné une chemise de nuit ou une robe de l’époque, jolie et surtout avec des manches: ça m’évitait le contact avec la couverture rêche, dégoûtante, grouillante, sur laquelle on dormait, et aussi le contact avec les cinq autres filles qui me collaient dans le lit, et qui étaient sales. On était six par coya, et si sales! A ce moment-là, ce genre de chose nous importait encore… Mais bien sûr, on me l’a «organisée», c’est-à-dire volée, à la minute où je l’ai enlevée. Tout était «organisé».

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre quotidien au camp?

On a vécu quelque chose qu’aucune parole, aucun film ne peut décrire, et je ne sais pas comment on y a survécu. Ce que la haine a fait faire aux nazis, ce qu’ils nous ont fait subir, c’est impossible de l’imaginer. Le réveil, les coups de schlague qui brisent les os, l’appel, la faim, cette soupe qui ressemble à de l’eau sale dans une écuelle rouillée, la soif, le froid, le travail, encore les coups. La fumée qui sort du bâtiment à côté de notre bloc, et cette odeur de chair brûlée, de crasse. Si on se met à penser, on meurt. Mais pour moi – et j’ai bien conscience que cela pourra surprendre les jeunes générations, qui se mettent nues dans les salles de sport – le pire souvenir, je crois, c’était ce sentiment de honte d’être soudain nue devant ces gens inconnus, dans la salle de déshabillage le premier jour. Peut-être même qu’il y avait des hommes, des soldats, je ne sais plus. A mon époque, la pudeur, c’était très important. En tant que femme, j’étais malade de honte.

Avez-vous le souvenir d’instants d’humanité qui ont pu, peut-être, vous aider à survivre?

Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour moi, il n’a jamais été question ni de volonté, ni de courage ou je ne sais quoi: au camp, j’étais devenue un robot qui suivait une routine. S’il y a une chose qui m’a aidée, c’est un moment avec Simone [ndlr: Simone Veil, qui faisait partie du même convoi que Ginette Kolinka].
Imaginez: j’étais dans le camp, j’avais envoyé mon père et mon frère à la mort, on m’avait transformée en rien. J’étais désespérée. Un jour, alors que Simone et moi, on travaillait sous une pluie battante, une gardienne a eu pitié de nous. Elle nous a envoyés nous abriter. En voyant Simone, elle l’a trouvée si belle! Alors elle lui fait plein de compliments, elle l’admire et moi: je suis transparente. C’est terrible. La gardienne offre à Simone une robe. Et Simone, sans réfléchir, alors qu’elle aurait pu la donner à sa sœur ou à sa mère qui étaient aussi dans le camp, me l’a donnée
à moi. Peut-être qu’elle a eu pitié de moi. Je ne sais pas, mais cette robe m’a sauvé la vie. Vous savez que Simone, que j’ai revue à la Libération, ne se souvenait même pas de me l’avoir donnée? Même si, bien sûr, je me la suis fait «organiser» tout de suite, comme le reste. C’est ça qui est triste.

Comment se réadapter au monde, quand on a connu cela?

En 1945, j’étais heureuse de retrouver ma famille, mais décidée à ne jamais parler de cette période. On ne peut pas parler de ça: quand vous rentrez seule, vous ne pouvez pas décrire ce que vous avez supporté, alors que vous avez envoyé votre frère et votre père à la mort, c’est comme les tuer une seconde fois. Même s’il y a eu une exception: j’ai gardé le regret immense d’avoir jeté à la figure de ma mère qu’elle ne reverrait jamais son mari et son fils, parce qu’ils avaient été assassinés et brûlés. Pour moi, c’était normal de lui dire: j’avais perdu tous mes sentiments. Je me rends compte maintenant que c’était affreux pour elle de l’apprendre comme ça.
J’ai souvent revu mes camarades de Birkenau, Marcelline [ndlr: Loridan-Ivens, née Rosenberg, qui deviendra une célèbre cinéaste et autrice française] et d’autres, mais on n’avait pas à discuter des camps, elles savaient bien ce qu’on avait vécu. Alors on parlait de tout sauf de ça. De nos enfants, de notre travail, de nos amours, de la vie.



Un cauchemar récurrent ou un souvenir vous hantent-ils particulièrement ?
Il y a eu tant d’horreurs… Comme tout le monde, j’ai fait des cauchemars. C’est obligatoire. Mais je ne m’en souviens pas, et je mentirais si je disais qu’un souvenir me hante: je n’ai plus de sentiments.
Avez-vous lu les récits produits autour des camps dès les années 1950 et après?
Absolument, je voulais lire ces histoires de déportations, pour voir si mes souvenirs étaient corrects. On peut avoir des souvenirs et vouloir s’assurer qu’ils sont justes, puisqu’on doute nous-mêmes d’avoir pu survivre à cela. Celui dont tout le monde parle, c’est Primo Levi, un des premiers déportés qui a écrit, mais je n’ai pas lu
Si c’est un homme. Il y en a eu bien d’autres.
A quel moment avez-vous décidé de sortir du silence et de transmettre votre histoire?
Je n’ai jamais eu l’envie d’écrire. Mais quand j’ai pris ma retraite et que j’ai eu du temps, je me suis mise à décrire un souvenir, gribouillé sur un papier. Pas un roman, mais des flashs. Je les ai gardés, et quand mon fils s’est marié, ma belle-fille m’a dit: je vais les mettre sur l’ordinateur. Plus tard, quand je suis devenue veuve, je suis allée voir l’Union des déportés d’Auschwitz, qui organise les voyages scolaires. J’ai commencé à parler et je ne me suis plus arrêtée.
Qu’avez-vous ressenti en lisant votre propre histoire?
Le livre est bien, même si… J’ai lu la première version un peu trop vite, il y a des imprécisions que j’ai réalisées après coup. Par exemple, quand on est arrivés sur le quai, sur la «Judenrampe» qui menait à Birkenau, il est écrit que ce sont les soldats allemands qui sont entrés dans le wagon pour nous en extraire de force, mais en fait pas du tout, c’était des déportés qui nous sortaient du train pour nous mener vers le camp.
Surtout, vous savez, je suis un peu gênée de toute cette publicité. Je ne suis pas la seule à être rentrée de Birkenau et je ne sais pas pourquoi je suis à l’honneur. Cela me gêne vis-à-vis de mes camarades. Alors qu’elles, on les ignore.
N’est-ce pas la force d’un livre?
C’est vrai. Mais j’avais déjà fait un livre avec un monsieur extraordinaire, qui s’appelait
Une Famille française dans l’histoire de Philippe Dana. Il parle de beaucoup de choses qui se sont passées depuis ma naissance, et ce livre-là n’a pas eu la même publicité. Est-ce l’époque? Je ne sais pas. En tout cas, ce livre était formidable.
Vous parcourez les classes de France pour raconter votre histoire, comment se passent ces rencontres?
Les élèves sont très à l’écoute. Il y a encore quelques années, ils avaient surtout l’air content de rater les cours, ils prenaient ça pour une récréation. Mais depuis quelque temps, les professeurs sont vraiment bien formés et ils les préparent à ce qu’ils vont entendre.
Y a-t-il des questions, de la part de cette jeune génération, qui vous surprennent ?
Ce qui est bizarre, c’est qu’il y a des questions qu’ils ne posent pas. Par exemple: ils ne me demandent jamais: «Comment est-ce que vous vous laviez?», «Comment s’assurait-on une hygiène de base?» Et en fait, je regrette qu’ils n’aient pas posé ces questions simples, parce que cela m’aurait rendu service, et m’aurait peut-être permis de me souvenir de ces détails: Aujourd’hui, j’ai oublié ces choses. Je ne me souviens pas.
Quel regard, quels espoirs portez-vous sur l’avenir?
J’ai 94 ans, je ne vais pas penser à l’avenir! Le futur, je ne m’en occupe pas, égoïstement. Je ne réponds pas aux questions de politique, car en réalité je vis au jour le jour, même si l’actualité est plutôt inquiétante. J’ai un caractère spécial vous savez. Le passé, j’en parle sans arrêt, mais c’est très étrange, c’est comme si ce n’était pas moi qui l’avais vécu. Même quand je revis ce que je raconte, je n’ai plus de sentiments. Comme si je n’éprouvais rien ni pour le passé ni pour l’avenir, mais que je ne vivais que le présent. Le présent est très agréable. Je souhaite simplement à tout le monde d’avoir la chance que j’ai maintenant.
De quelle chance parlez-vous?
Celle d’être en bonne santé, du moins assez pour vivre encore à mon âge, de savoir que mes enfants ont réussi ce qu’ils voulaient faire. Encore heureux que je sois là! J’aurais pu être comme tous les autres, partis en fumée. Voilà. Pourquoi est-ce que je ne serais pas heureuse?

Stacks Image 26321


Ci dessous le livre de ​Ginette Kolinka :

pour le commander
https://www.grasset.fr/livres/retour-birkenau-9782246820703 ou auprès de votre libraire

Stacks Image 26305