PÔLE JEAN MOULIN

Chers Amis du Pôle Jean Moulin-réseau MRN, A toutes et tous nos voeux les plus chaleureux pour 2021. L'année qui s'achève fut rude et éprouvante. Une pensée fraternelle pour tous nos amis disparus. Ils resteront chers à notre coeur. Je vous embrasse, Anne FRIANT MENDRES



CARIOU CORENTIN
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 23 mars 2021


Nom du ou des réseaux d'appartenance dans la Résistance :
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Renseignements à venir
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Source : https://maitron.fr/spip.php?article18686


Né le 12 décembre 1898 à Loctudy (Finistère), fusillé comme otage par les Allemands le 7 mars 1942 à Moulin-sous-Touvent, près de Compiègne (Oise) ; aide de forge, puis aide-ajusteur à la Société du gaz de Paris ; syndicaliste ; membre du comité central du Parti communiste (1932-1936) ; conseiller municipal de Paris (1938-1940), quartier de Flandre (XIXe arr.) ; homologué résistant.

Fils de Pierre Cariou, marin, Corentin passa sa jeunesse dans un milieu de marins pêcheurs bretons et fréquenta l’école communale de sept à douze ans. Il était le dernier né d’une famille de onze enfants. L’aîné périt dans un naufrage. Sa mère, journalière, et une de ses sœurs s’appelaient Corentine (du nom de saint Corentin, premier évêque de Quimper qui, dit-on, multiplia les poissons). Corentin lui-même partit en mer dès l’âge de douze ans et demi et demeura marin jusqu’à dix-huit ans, avant de faire son service militaire dans la marine sur le Jeanne d’Arc, le torpilleur Sakalave, le cuirassé Le Courbet. Matelot gabier de deuxième classe, il fit quelques semaines de prison pendant son service militaire. Libéré à vingt et un ans, il fut marin pêcheur pendant deux ans puis décida d’aller chercher du travail à Paris à la mort de ses parents en 1923. « Je n’ai rien lu entre douze et vingt-trois ans », écrivit-il en 1932. Il précisait qu’il parlait « la langue bretonne assez bien, la française assez mal ».

C’est par son frère Jean Cariou, ouvrier à la Société du gaz de Paris, qu’il entra dans cette Société où travaillaient de nombreux Bretons, comme aide de forge à l’usine des goudrons de la Villette (aujourd’hui démolie), le 13 novembre 1923. Il fut titularisé en 1925 et passa plus tard aide-ajusteur.

Corentin Cariou adhéra à la CGTU et peut-être au Parti communiste en 1923, sans doute sous l’influence conjuguée de son frère Jean, militant syndical, et du climat révolutionnaire qui régnait alors dans les usines du Gaz de Paris. Il participa l’année suivante à la constitution de la cellule no 193 du Gaz de la Villette (1er rayon). Cependant, dans sa biographie rédigée pour la Commission des cadres le 15 novembre 1932, il donne une autre chronologie : « Rentré au PCF en 1926, dans une réunion de sympathisants de l’usine, recommandé par l’unanimité des membres de la cellule avec qui je militais depuis deux années [...] secrétaire adjoint de la section syndicale de l’entreprise, appartenant à la cellule du gaz de la Villette, no 182 au 19e rayon. Membre du comité du 1er rayon depuis 1927 et élu au comité régional à la conférence de 1929, étant membre depuis [...] appartenant au syndicat unitaire du gaz de Paris depuis 1923 et secrétaire permanent depuis 1930. » Il militait également au Secours rouge international, à la Bellevilloise et à la coopérative la Famille nouvelle.
Corentin Cariou se consacra surtout au militantisme syndical. Son organisation le délégua au congrès tenu salle de la Grange-aux-Belles (Paris, XIe arr.) les 4 et 5 juillet 1925. L’année suivante, il assurait le secrétariat et la trésorerie de la caisse de solidarité des gaziers unitaires de la Villette. Le IIIe congrès CGTU de la Région parisienne (19 au 20 février 1927) l’élut à la commission exécutive de l’Union des syndicats unitaires de la région parisienne (XXe UR). Il fut réélu le 28 janvier 1928 et en février 1929. Il siégea à partir de septembre 1929 à la commission des conflits de la Fédération nationale CGTU des Services publics et de l’Éclairage.
À partir de 1928-1929, Corentin et son frère Jean entrèrent en conflit politique ouvert. Jean, de tendance syndicaliste révolutionnaire, proche de Pierre Monatte et de sa revue La Révolution prolétarienne, était alors secrétaire général du syndicat CGTU du Gaz de Paris. Le 20 mai 1930, lors d’élections, les minoritaires furent battus et un bureau « majoritaire » mis en place. Corentin Cariou devint secrétaire général du syndicat et gérant du journal Les Gaziers de Paris ; en 1934-1935, il passa secrétaire adjoint, le secrétaire général étant
Pierre Kérautret. Les deux frères devaient rester opposés politiquement et syndicalement.
En février 1931, Corentin Cariou prit avec la commission exécutive l’initiative d’une première école syndicale (cinq jours, le jeudi soir, sur cinq semaines). En 1932, il fut élu secrétaire du comité intersyndical CGTU des services publics de la région parisienne avec
Marcel Paul, Émile Loiseau et Jean Maury. En 1933, sur l’invitation des syndicats de communaux de l’URSS et sous l’égide des Amis de l’URSS, il fut mandaté par la Fédération des Services publics et par son syndicat pour assister, avec vingt autres militants d’industries diverses, aux fêtes du 1er mai à Moscou. Sous le titre « Au pays des soviets », il rendit compte de ce voyage dans Les Gaziers de Paris des 20 juin et 20 juillet 1933.

Déjà frappé de quinze jours de mise à pied, avec « dernier avertissement » le 13 mai 1930, pour « lecture d’une protestation malgré l’interdiction du régisseur de l’usine », Corentin Cariou fut révoqué du Gaz de Paris le 16 février 1935, avec tout le bureau du syndicat unitaire, pour l’apposition d’une affiche jugée diffamatoire. L’affaire fit grand bruit, et après une campagne d’opinion de grande ampleur, les sept révoqués furent réintégrés le 17 juillet.

Secrétaire du 1er rayon communiste de la Région parisienne en 1928 et 1929, Cariou entra au comité central lors du VIIe congrès national (Paris, 11 au 19 mars 1932) et le quitta au VIIIe congrès (Villeurbanne, 22 au 25 janvier 1936). Travaillait-il encore à l’usine des goudrons, ou était-il permanent syndical ? Les rapports de police le qualifiaient toujours d’employé à la Société du Gaz au début de la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste le présenta à plusieurs élections. Le bureau politique du 15 avril 1938 avait décidé de le présenter aux élections législatives partielles contre Eugène Fiancette (SFIO), mais le sous-rayon s’y opposa et proposa Touchard.

Porte-drapeau communiste aux élections municipales de mai 1935, dans le quartier de la Villette (XIXe arr.), il se désista en faveur du socialiste SFIO Georges Beaufumé qui fut élu. Il entra au conseil municipal de Paris comme représentant du quartier du Pont-de-Flandre (XIXe arr.) à l’occasion de l’élection partielle du 27 mars 1938 provoquée par la démission du communiste Jacques Grésa (élu député). Le conseil de préfecture le déchut de ce mandat le 21 janvier 1940, pour appartenance au Parti communiste. Il avait été secrétaire général des Bretons émancipés.

En septembre 1939, il ne fut pas mobilisé. Comme d’autres militants, il avait à attendre dans ses foyers un ordre individuel de mobilisation. Il ne se cacha pas ; il attendit. L’ordre arriva le 23 décembre 1939. Il fut à la fois mobilisé et interné administrativement au camp de Baillet (Seine-et-Oise) (une source administrative le présente cependant comme mis en séjour surveillé en date du 13 décembre 1939 puis libéré). Il fut transféré le 12 janvier 1940 à La Ferme Saint-Benoît (Seine-et-Oise), dans la « 1re compagnie spéciale ». Puis le 23 mars à Bourg-Lastic, il fut incorporé dans la « 2e compagnie spéciale de travailleurs » créée dans ce camp d’internement (il retrouva notamment
Lucien Sampaix). Il s’évada et gagna Lyon (Rhône) où il profita de la pagaille de la débâcle pour se faire démobiliser légalement. Il rejoignit alors sa femme et sa fille en Bretagne, puis retourna avec elles à Paris dans le XIXe arrondissement où le Parti communiste clandestin lui confia des responsabilités.

« Un soir, dit sa fille Andrée, en se promenant dans le square de la Butte Rouge, il s’est rendu compte qu’il était suivi. En rentrant, il nous dit : ``Je ne suis pas sûr, mais je pense avoir été repéré ; demain, je partirai.’’ La police tournait autour de trois familles du quartier : les Sampaix, les Michel et nous. » La police était là le lendemain, 5 octobre 1940, et l’envoya au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Sa participation, aux côtés de Jean Duflot notamment, à « un mouvement d’indiscipline » le fit incarcérer avec lui le 6 avril 1941 à la maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines). Le 8 mai, il fut dirigé sur le centre de séjour surveillé de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Là, toujours aux côtés de Jean Duflot, placé dans la « baraque des isolés », il vécut en octobre 1941 l’exécution des otages (sa femme et sa fille étaient retournées en Bretagne en juin-juillet 1941).

Corentin Cariou était interné depuis le 9 février au camp de Compiègne lorsqu’à la suite de l’attentat commis le 1er mars 1942 contre une sentinelle allemande, rue de Tanger (XIXe arr.), les autorités d’occupation décidèrent de fusiller comme otages « vingt communistes et juifs » ; parmi eux :
Roger Jurquet, Gaston Huart, Roland Martin, Corentin Cariou, Pierre Rigaud et Pierre Semard. L’exécution de Cariou, de Pierre Rigaud* et de Léopold Réchossière (syndicaliste de la TCRP) eut lieu le 7 mars 1942 à midi, à la Butte aux Zouaves à Moulin-sous-Touvent, près de Compiègne.

La veille de sa mort, à 20 h 30, Cariou écrivit à sa femme : « Je suis dans une cellule isolée, pour ma dernière nuit [...]. Je pars avec courage, en confiance dans la victoire finale. Sois courageuse pour élever notre chère fille [...]. Je ne vois pas ce que j’écris dans la nuit. Nos sacrifices ne seront pas vains... » Corentin Cariou serait mort en criant : « Vive la France. Vive le Parti communiste. »

Le corps de Corentin Cariou fut inhumé à Cuts (Oise). Le 1er novembre 1945, le Parti communiste organisa une cérémonie place de la République et des obsèques solennelles pour les sept élus de Paris victimes du nazisme (
Jules Auffret, Corentin Cariou, Léon Frot, Maurice Gardette, René Le Gall, Raymond Losserand et Charles Michels). Ils reposent dans une tombe commune au Père-Lachaise, près du mur des Fédérés.

Une avenue du XIXe arrondissement et une station de métro portent le nom de Corentin Cariou, tout près de l’usine de la Villette où il avait travaillé. Une rue de Loctudy, sa ville natale, porte également son nom, mais il s’agit d’un homonyme « mort pour la France » pendant la Seconde Guerre mondiale. Monographie de lieu d’exécution :
Compiègne-Royallieu, Moulin-sous-Touvent, forêtt de Carlepont (Oise) : février-mai 1942


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Source : https://bigouden1944.wordpress.com/2016/11/08/corentin-cariou/

Corentin Cariou est né à Loctudy le 18 décembre 1898 dans une famille de marins-pêcheurs très pauvres. Il va en mer à 12 ans. Fait la guerre 14-18 dans la marine. Démobilisé, il quitte en 1923 le Finistère pour aller chercher du travail dans la région parisienne. Il entre à la Compagnie du Gaz la même année .Il adhère, également en 1923, au syndicat C.G.T.U. et au Parti communiste. D’abord surtout militant syndicaliste, il deviendra secrétaire du syndicat du Gaz pour la région parisienne de 1930 à 1933 puis membre du bureau régional de Paris-ville du P.C.F., élu conseiller municipal (com.) de Paris. En 1939 il participe dans la région parisienne à la réorganisation dans la clandestinité du P .C. qui vient d’être interdit par le gouvernement Daladier .


En 1940, au mois de juillet, juste après la débâcle, il vient dans le pays bigouden qui vit les premières semaines de l’occupation et y prend contact avec l’organisation clandestine du P .C. notamment avec Alain Le Lay, Vincent Larnicol et Louis Guenneau qu’il aide dans leur action illégale rendue particulièrement dangereuse par l’occupation allemande.


Il retourne dans la région parisienne en décembre 1940 et se voit confier des responsabilités importantes par la direction du P .C. clandestin (Jacques Duclos et Benoît Frachon). Arrêté en 1941, il est transféré au camp de concentration de Chateaubriand (44) puis remis aux Allemands,- qui l’ont réclamé-, par les autorités de Vichy. Détenu ensuite comme otage au camp de Compiègne, il est fusillé le 7 mars 1942.


En plus d’une rue à Paris et d’une station de métro son nom a été donné après la Libération à de nombreuses voies de localités de la banlieue parisienne.


A signaler que de nombreux militants ouvriers et résistants d’origine finistérienne (E Hénaff, Nédellec, Corentin Celton, Auffret, P. Lescop, etc.) ont également donné leurs noms à des voies de la région parisienne.


Les obsèques solennelles de Corentin Cariou, conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine, de Charles Michels, député; de Jules Auffret, conseiller général; de Maurice Gardette, de René Le Gall , de Léon Frot et Raymond Losserand, conseillers municipaux, et tous fusillés par les nazis, ont été célébrées le 1er novembre 1945 à Paris.


Il était utile de rappeler ici la mémoire d’un patriote exemplaire, d’un fils de Loctudy
E. Kerbaul, Bagnolet (93170).


D’après archives du P.C.F., de l’Institut M. Thorez, de l’Amicale des anciens des camps de Chateaubriand et de Voves, de l’Association nationale pour un Musée national de la Résistance, de l’Amicale des Veuves de fusillés, ainsi que des témoignages recueillis. . In « LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN » N° 73 de janvier 1978 


Corentin Marie Cariou naît le 12 décembre 1898, à Loctudy, de Pierre Jean Cariou, marin pêcheur, et de Corentine Marie Struillou, journalière. Il est le benjamin d’une famille de onze enfants. Son frère aîné périt en mer. À douze ans et demi, Corentin embarque comme mousse. Il reste marin pêcheur jusqu’à ses dix-huit ans.

En 1917, mobilisé, il est matelot sur la Jeanne d’Arc, puis sur le torpilleur Sakalave et sur le cuirassé Courbet. Il est démobilisé en 1920, et redevient marin pêcheur.

À la mort de ses parents, (son père en 1920 et sa mère en 1923), parlant « assez mal » le français, n’ayant jamais « rien lu », il part travailler à Paris. Par l’intermédiaire de son frère Jean, il entre à la Compagnie du gaz de Paris. Il travaille comme aide de forge à l’usine de goudron (aujourd’hui démolie) de la Villette. Titularisé en 1925, il devient aide ajusteur.


Le militant syndical


De 1921 à 1934, le paysage syndical est marqué par l’opposition entre « unitaires » de la CGTU et « confédérés » de la CGT [elles se regrouperont en 1936].

En 1923, Corentin Cariou adhère à la CGTU, et peut-être à la SFIC* (Corentin Cariou, dans son autobiographie de la commission des cadres, parle de 1926) .

En 1924, il participe à la constitution de la cellule n° 193 du Gaz de la Villette (1er rayon). En 1926, il est élu secrétaire et trésorier de la Caisse de solidarité des gaziers unitaires de la Villette. En 1927, 1928 et 1929, il est élu à la commission exécutive de l’Union des syndicats unitaires de la région parisienne. À partir de septembre 1929, il siège à la commission des conflits de la Fédération nationale CGTU des Services publics et de l’Éclairage.

En 1928 et 1929, il est secrétaire du 1er rayon communiste de la région parisienne. C’est à cette époque qu’il entre en conflit avec son frère, sur les plans politique et syndical. Il militait également au SRI, à la « Bellevilloise » et à la coopérative « la Famille Nouvelle ».


Corentin et Jean Cariou sont tous deux à la CGTU Gaz de Paris, mais dans des tendances différentes :

-Corentin appartient au courant « unitaire », proche de la SFIC-Parti communiste. Majoritaire dans la CGTU au plan national, ce courant est minoritaire à la CGTU Gaz de Paris.

-Jean est un syndicaliste révolutionnaire (proche de Pierre Monatte et de la revue syndicaliste La Révolution prolétarienne). Ce courant est majoritaire à la CGTU Gaz de Paris, dont Jean Cariou est le secrétaire général.

Mais, lors des élections du 20 mai 1930, les unitaires l’emportent, et Corentin prend la place de son frère [frère qui rejoindra la CGT deux ans plus tard] et adhère, à une date que l’on ignore, à la SFIO.

Malgré leurs divergences de vues, les deux frères conservent des liens familiaux. En février 1931, Corentin Cariou crée la première école syndicale.

En 1932, il est élu secrétaire du comité intersyndical CGTU des services publics de la région parisienne.

Lors du VIIe congrès national de la SFIC-Parti communiste, en 1932, Corentin Cariou entre au Comité central, qu’il quittera lors du congrès suivant, en 1936.

En 1935, pour une affaire d’affiche jugée diffamatoire, il est révoqué du Gaz de Paris, de même que tout le bureau du syndicat. La mesure fait grand bruit et, après deux mois d’une vaste campagne d’opinion, les sept hommes sont réintégrés.


En 1937 et 1938, Corentin Cariou est membre de la Fédération des Bretons émancipés, animée par Marcel Cachin, qui milite pour la défense de la culture bretonne (Dans les années 30, les communistes dénoncent « le centralisme de l’Etat français bourgeois »). En 1937, les communistes bretons fondent la Fédération des Bretons émancipés. Mais, à partir de 1938, le PC-SFIC prend ses distances avec les mouvements autonomistes bretons, Marcel Cachin dénonçant la « main du fascisme allemand » (discours au Sénat, Le Temps du 20 décembre 1938). Ce n’est qu’en 1944 que les communistes bretons reconstituent leur Fédération.


En 1938, élu représentant du quartier du Pont-de-Flandre (19e arrondissement), Corentin Cariou entre au conseil municipal de Paris.


Répressions Daladier et Sérol


Le 23 août 1939, est signé le Pacte germano-soviétique, ce qui provoque bien des déchirements et bien des remous parmi les communistes français, après leur engagement contre le fascisme espagnol..

Le 26 août 1939, la presse communiste française est interdite. Le 2 septembre, les députés communistes français votent les crédits de guerre.

Le 9 septembre, le Komintern développe une nouvelle ligne: du fait de la nature impérialiste du conflit, les sections doivent s’opposer à l’effort de guerre. Les communistes français en sont informés le 20 septembre.


Le 3 septembre, la France déclare la guerre à l’Allemagne.


Par le décret-loi Daladier du 26 septembre, le PC-SFIC est interdit. Toute activité communiste est illégale. Corentin Cariou n’est pas mobilisé, mais mis à la disposition de la police. Il doit attendre un ordre individuel de mobilisation.

Le 8 octobre, ont lieu les premières arrestations de députés communistes. Le 18 novembre, un nouveau décret-loi Daladier prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».

Le 23 décembre, Corentin Cariou est à la fois mobilisé et interné administrativement au camp d’internement administratif de Baillet-en-France. En janvier, il est transféré à la Ferme Saint-Benoît, en Seine-et-Oise, dans la première compagnie spéciale. C’est là que, le 21 janvier 1940, il apprend qu’il est déchu de son mandat municipal par le conseil de la préfecture (Les élus communistes sont déchus de leurs mandats par la loi du 20 janvier 1940).

Le 23 mars, il est transféré dans le camp d’internement de Bourg-Lastic, dans la deuxième compagnie spéciale de travailleurs (où il retrouva notamment Lucien SAMPAIX).


Le décret Sérol du 9 avril 1940


JO du 10 avril 1940. Le projet a été présenté par le ministre SFIO Albert SEROL, du gouvernement REYNAUD » prévoit la peine de mort pour propagande communiste.


Au printemps 1940, a lieu l’offensive allemande en France. Durant la débâcle de juin, Corentin Cariou s’évade. Le 22 juin 1940, le gouvernement français signe l’armistice avec l’Allemagne.


Durant tout l’été 1940, le PC-SFIC mène une politique de légalisation du parti. Il incite les communistes à sortir de la clandestinité, ce qui aura pour conséquence dramatique de faciliter l’arrestation de milliers de militants, lors des rafles d’octobre et de novembre. Corentin Cariou se rend donc à Lyon pour se faire démobiliser. Puis il va chercher en Bretagne sa femme, Marianne (Marie, Anne LE GARREC, née le 14 février 1893 à PLONEOUR-LANVERN, d’un père journalier et d’une mère repasseuse. Elle est d’abord brodeuse à Pont l’Abbé. A Paris, elle est femme de chambre dans une pension de famille. Elle meurt le 31 janvier 1958), et leur fille, Andrée, neuf ans. Tous trois regagnent Paris. Le PC-SFIC clandestin confie à Corentin des responsabilités dans le 19e arrondissement.


Répression de Vichy


Le régime de Vichy n’a pas libéré les militants victimes de la répression Daladier. Avec la loi du 3 septembre 1940 [La loi du 3 septembre 1940 reprend les termes du décret-loi DALADIER du 18 novembre 1939, en supprimant simplement quelques clauses de sauvegarde telle que l’existence d’une commission de contrôle ou la possibilité d’intercession des syndicats.], il va pouvoir se lancer à son tour dans la chasse aux communistes.


Le 4 octobre 1940, Corentin Cariou s’aperçoit qu’il est surveillé. « Un soir, dit sa fille Andrée, en se promenant dans le square de la Butte Rouge, il s’est rendu compte qu’il était suivi. En rentrant, il nous dit: « je ne suis pas sûr, mais je pense avoir été repéré; demain, je partirai ». La police tournait autour de trois familles du quartier: les SAMPAIX, les MICHEL et nous ». Mais, le lendemain, la police l’arrête à son domicile, 82 rue Compans. Il est interné au sanatorium d’Aincourt. En avril 1941, pour avoir participé à un « mouvement d’indiscipline » aux côtés de Jean DUFLOT notamment, il est incarcéré à la maison centrale de Poissy. En mai, il est transféré au Centre Surveillé de Châteaubriant, où il est placé dans la « baraque des isolés », toujours aux côtés de Jean DUFLOT.


Répression allemande


Le 15 mai 1941, le PC-SFIC fonde le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. Le 22 juin, l’Allemagne envahit l’URSS, ce qui rompt de fait le pacte germano-soviétique. Les communistes français entrent massivement dans la résistance armée. Les Allemands leur mènent une traque acharnée. Les 10 000 à 20 000 militants détenus [18 000 à la fin 1940 selon Pierre Robrieux dans l’Histoire intérieure du Parti Communiste. 5 553 arrestations sous DALADIER et 4 à 5 000 de juillet 1940 à juin 1941.] dans les camps de l’État français servent à présent d’otages.


En juin-juillet 1941, sa femme et sa fille retournent en Bretagne.


Au camp de Châteaubriant, Corentin Cariou vit, dans la « baraque des isolés », le 22 octobre, l’exécution des otages. En février 1942, il est transféré au camp de Royallieu, à Compiègne.


Le 1er mars, un attentat est dirigé contre une sentinelle allemande, rue de Tanger, dans le 19e arrondissement de Paris. Les Allemands décident de fusiller vingt « communistes et juifs ».


La veille de son exécution, à 20 heures trente, Corentin CARIOU écrit à sa femme:
« … Je suis dans une cellule isolée, pour ma dernière nuit (…) Je pars avec courage, en confiance dans la victoire finale. Sois courageuse pour élever notre chère file (…) Je ne vois pas ce que j’écris dans la nuit. Nos sacrifices ne seront pas vains… »


Corentin Cariou est exécuté le 7 mars 1942, à midi, en même temps que Pierre Rigaud et Léopold Réchossière (syndicaliste de la TCRP), dans une clairière proche de Carlepont.


Il est mort en criant:
« Vive la France. Vive le Parti Communiste. » Corentin Cariou est inhumé au cimetière de Cuts, commune voisine.


Depuis le 1er novembre 1945, il repose, près du Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, avec six autres élus victimes du nazisme : Jules Auffret, Léon Frot, Maurice Gardette, René Le Gall, Raymond Losserand et Charles Michels.


(*)Section Française de l’Internationale Communiste — ancien nom du Parti communiste français
Sources :Paul Rolland, « Devoir de mémoire : Corentin Cariou », L’Estran, n° 25, bulletin municipal de Loctudy, octobre 2002.
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Michel Dreyfus (dir.), Gaziers-électriciens, volume thématique du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, collection « Jean Maitron », Éditions de l’Atelier, 1996.





Un article du n°73 de janvier 1978 du journal Le Travailleur Bigouden :

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