🇫🇷Le MENEZ-HOM
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 17 avril 2020 / mise à jour 8 juillet 2024 / le 9 fév 2026
Liens utiles :
- https://www.lesamisdelaresistancedufinistere.com/page221/styled-20/page402/
- https://www.ouest-france.fr/bretagne/plomodiern-29550/recit-apres-75-ans-l-histoire-de-la-bataille-du-menez-hom-est-toujours-douloureuse-6499333
- http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/groupe-defensif-cotier-de-crozon-code-cr/5405236b-d006-49ce-867a-e88ad3c0a8f1
- https://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20060904&article=12713476&type=ar
- https://polejeanmoulin.com/page-28/page-70/page-163/
- Inauguration du monument du MENEZ HOME
En août 1944, le Ménez-Hom, point stratégique dominant la baie de Douarnenez et la vallée de l’Aulne, est le théâtre de combats entre les forces allemandes et les résistants français (FFI), appuyés par l’avance alliée en Bretagne. Les Allemands fortement armés y avaient installé des postes d’observation et de défense afin de contrôler les axes de circulation et de ralentir la progression ennemie.
Les groupes FFI locaux, souvent mal armés mais connaissant parfaitement le terrain, mènent des actions de harcèlement, des embuscades et coupent les communications. Face à la pression croissante des résistants et au repli général des troupes allemandes après la percée alliée, le secteur du Ménez-Hom est libéré à la mi-août 1944, marquant la fin de l’occupation allemande dans cette partie du Finistère et facilitant la libération des villes voisines.
📍Date de la Commémoration : autour du 30 août
📍Vestiges et/ou lieu de Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale :
📍Randonnée :
LE CENTRE MEDICAL CLANDESTIN
A Kergoat-Quéménéven fut créé un centre médical clandestin (Drs. G. et S. DESSE) recevant particulièrement les maquisards de St-Thois (Lieutenant Morillon) et des aviateurs de la R.A.F. et de la R.C.A.F. récupérés au sol. Dès le début de la campagne de Crozon y furent adressés les blessés légers des autres compagnies, l'évacuation des cas graves vers Quimper rendue possible.
La progression des troupes vers le Ménez-Hom s'effectuant, le Dr. G. DESSE et CHEVALIER, étudiant en médecine (F.T.P.F., Compagnie Kleber, bataillon Fernand - commandant Stéphan) se joignaient aux médecins de la 2º compagnie du bataillon F.F.I. (commandant Bellan) : les docteurs BERCEGEAY, JAHAN et VAZEL, accompagnés des pharmaciens capitaines POSTE et DIZERBO, des dentistes TRAONOUEZ et CROSLEY, des étudiants en médecine DENTEL, PHIPPS et d'une infirmière : Mlle NEDELEC (devenue Madame THOMAS).
Un poste de secours fut installé à Ploeven, puis à Plomodiern où furent traités blessés français et américains.
Le Ménez-Hom conquis, l'équipe médicale s'avança à Argol, bénéficiant d'une ambulance douarneniste, de malles de secours anglaises et de matériel récupéré à l'ennemi, alors qu'un poste avancé à Telgruc subit un violent pilonnage de l'aviation américaine, erreur qui coûta la vie à quatre de nos infirmiers : Mlle BLOCH, MM. PELLEN, OLLU, PLOUHINEC et où fut blessé le Dr. VAZEL.
La Presqu'ile libérée, les évacuations des blessés vers des centres hospitaliers effectués, le service médical se disloqua le 15 septembre.
Georges DESSE.
DANS LA CHAPELLE
SAINTE-MARIE DU MENEZ-HOM
La chapelle Sainte-Marie du Ménez-Hom dans son écrin de verdure sur la route dorsale de la Presqu’ile. L'édifice dispose d'un corps de logis attenant à la nef mais distinct, avec rez-de-chaussée, étage. C'est le «toul-du», le trou noir. Le moine de Landévennec qui desservait l'endroit y logeait. Le grand fabricien offre toujours repas au clergé ainsi qu'aux porteurs de bannières et aux membres de sa famille, le jour du pardon…
Pendant plus d'une semaine vingt-trois aviateurs alliés vont vivre là sans que personne ne s'en doute, en dehors bien sûr des gens qui s'occupent de leur protection.
Le 31 août 1943, un jeune homme flexible le long de cent quatre vingt-treize centimètres s'est présenté à Plomodiern, chez Madame VOURC'H l'épouse du Docteur parti pour l'Angleterre après l'arrestation de «Tante Yvonne» le mercredi de Pâques 1942. Il se dit Raoul CAULAINCOURT, mais s’appelle Jean-Claude CAMORS et dirige le réseau Bordeaux-Loupiac spécialisé dans l'évasion des aviateurs tombés du ciel.
Yves VOURCH, le dernier fils de la maison (les autres, Guy, Jean, Paul ont déjà rejoint les F.F.L.) se lie tout de suite d'amitié avec le visiteur qui a remis, en guise d'entrée en matière, une lettre de son frère Guy, son condisciple à l'école des «Cadets», le Saint-Суг des Français Libres. Par l'entremise de Pierre MERRIEN, le secrétaire de mairie de Camaret, il trouve vite un bateau. Les candidats au voyage arrivent maintenant en gare de Quimper. Avec Yves VOURC'H, des amis, Pierre PHILIPPON de Quimper, Jean de la PATELLIERE de Nantes les accueillent et les répartissent dans les différents refuges. Il en arrive encore et cela finit par faire beaucoup de monde qu'il convient de rassembler dans un local suffisamment vaste et discret aux approches du port où le départ se prépare. On jette son dévolu sur la chapelle, avec l'accord du Recteur. Mais Jean-Claude CAMORS n’est pas revenu le lundi Il octobre. On apprendra plus tard que ce jour-là un Français au service de la Gestapo l'avait abattu à Rennes... On s'organise quand même sur place.
Trois fermes environnent le sanctuaire. Celle, juste en face, appartient aux parents de Jos LE BRIS, ami d'enfance d'Yves VOURCH. Ils détiennent les clés de l’édifice. Jos pourra ainsi s'en servir à volonté, sans attirer l'attention des siens. Tout est prêt pour recevoir les hôtes. Les huit ramenés de Vannes la veille inaugurent les locaux.
A vingt-deux heures, Yves VOURC'H et ses trois compères, Pierre PHILIPPON, Jean de la PATELLIERE et Pierre DREVILLON de Morgat, le jeune pécheur qui fut le messager de «Tante Yvonne », les réceptionnent en gare de Châteaulin. Le couvre-feu est à vingt-trois heures. Par petits groupes espacés, ils entament une lente marche de douze kilomètres. L'un des clandestins, brûlé aux jambes, suit à bicyclette. Aux abords de la chapelle, Jos LE BRIS attend. Il lance le mot de passe : «An amzer 20 brao… » (Le temps est beau).
Il a garni la salle de repos de paille fraîche. Désormais il se lève la nuit en cachette pour faire bouillir l'eau des tisanes, pour cuire les pommes de terre dans la vieille maison de la ferme et porte le tout à la chapelle. Juste la route à traverser.
Les aviateurs rappliquent toujours. On s'arrange pour les nourrir convenablement et ce n'est pas une mince affaire. Guillaume BERNARD, le boucher, va y pourvoir dans une large mesure au mépris du danger auquel il s'exposait. Madame VOURC'H se met à l'ouvrage devant son fourneau. Et ce sont d’étonnantes retrouvailles dans la chapelle ! On commence pourtant à s'impatienter. Le temps est long dans le «toul du»...L'ennui perturbe les esprits. Des discussions s'engagent, de plus en plus vives. Certains veulent repartir, sans plus attendre. Yves et ses camarades, qui se relaient auprès d'eux, doivent élever la voix pour faire entendre raison. Ils sont là maintenant vingt-trois, dans une pénible promiscuité. Quand arrive enfin la bonne nouvelle : «le bateau partira demain matin, mardi19 octobre et dès ce soir on regagnera Camaret».
Ils y sont reçus par Pierre MERRIEN et conduit chez le boulanger, Jean BATANY, sur le quai. Une réception chaleureuse. La bande convoyée par les inséparables Yves, Jean et les deux Pierre qui doivent eux aussi s'en aller, s'endort sur des planches au-dessus du four, dans une douce chaleur.
Elle n'est pas au bout de sa peine. A trois heures du matin, l'embarquement a commencé. Les groupes de deux ou trois sortent du fournil, traversent le quai en courant, et hop! disparaissent sous le pont. On a beau les tasser, encore deux, encore un, il n'y a pas de place pour tout le monde! Le bateau retenu n'étant pas disponible il a fallu se rabattre sur le «Suzanne-Renée», plus petit, que commande Jean-Marie BALCON. Les convoyeurs et quatre aviateurs devront attendre une nouvelle occasion. Ils se rendent à l'évidence, l'impossible et, le cœur gros repartent à pied vers Crozon, à cinq heures, sous la pluie.
Mais dans le «Suzanne-Renée », ce n'est pas la joie non plus. La tempête s'est levée, interdisant toute sortie en mer. Les malheureux aviateurs resteront à fond de cale cent trois heures pénibles et ne s'en iront que le 23 octobre. Ils se souviendront longtemps de Sainte-Marie du Ménez-Hom.
René PICHAVANT.
Le Mot du Maire de Plomodiern
«Le Comité d'Erection du Monument à la Gloire de la Résistance Finistérienne me demande de rédiger un mot au sujet de la Résistance dans notre Département. Non seulement, je tiens à l'en remercier, mais j’en suis, par ailleurs, très honoré.
En effet, cette tâche est peut être chose facile pour ceux qui ont vécu l’occupation, mais en ce qui me concerne, étant né en 1946, je n’ai peu connaître et juger les faits que par les ouvrages, les documents écrits ou verbaux qui les ont relatés.
Lorsque j'ai appris que le Monument du souvenir allait être érigé sur le Parking de Saint-Marie du Ménez-Hom, j'en ai été personnellement touché et fier et j'ai réalisé tout ce que ce choix pouvait apporter à mes concitoyens qui, eux, avaient traversé cette période sombre de leur existence.
De plus, l'emplacement choisi m'a semblé parfaitement judicieux car le Ménez-Hom fut effectivement un haut lieu de la Résistance dans le Finistère.
Dois-je, en effet, rappeler que cet endroit fut le point de ralliement des aviateurs alliés abattus par les Allemands et que leur hébergement et leur rapatriement en Angleterre étaient alors pris en charge par le réseau de résistance de la Région dont le maillon principal était la Famille VOURCH de PLOMODIERN.
En outre, que les jeunes de ma génération et les plus jeunes, n’oublient surtout pas que même dans la période difficile que nous traversons, ils doivent leur liberté, la paix et l'espérance dans l'avenir, au sacrifice volontaire des hommes de l'ombre qui sont tombés sans uniforme, peut-être, mais avec abnégation pour l'Honneur, la grandeur et la dignité de leur Pays, et cela malgré les divergences de tout ordre.
Et à tous ceux qui s'arrêteront près de ce monument, je demande qu'il ne soit jamais oublié avec quelle audace et quel courage se sont battus des hommes bien souvent au visage juvénile pour que la France retrouve son indépendance et toute sa puissance.»
Claude BELLIN,
Maire de PLOMODIERN.
LE FINISTERE DANS LA GUERRE - 39 -45 - DEVOIR DE MEMOIRE -
Les anciens résistants du Menez-Hom.
Compagnie Richelieu.
A Cast le 15 août 1948.
Archive d'Yves L'Helgoualc'h.
1.Hervé Provost du Créach à Cast. 2. Jean Pierre Gestin de Mengleuz à Cast. 3. Jean Pennanéach de Kernaou à Cast. 4. Yves L'Helgoualc'h de Tréfry en Quéménéven. 5. Pierre Hascoët du Créach à Cast. 6. Jacques Hascoët de Bodennec Vras à Cast. 7. Louis Douérin de Plomodiern. 8. Joseph Bidan de Cast. 9. Pierre Coeur de Pouloupry à Cast. 10. Jean-Pierre Mauguen de Pouloupry à Cast.
Source : ANACR Finistère
LA 3' COMPAGNIE DU MENEZ-HOM
Sous la responsabilité de Yves FAVENNEC et de Jacques LE ROUX est formée la 3e Compagnie du Ménez-Hom composée en majeure partie de volontaires de Plomodiern.
Cette compagnie est rattachée au au Bataillon de la Presqu'ile commandé par Alfred LE DU.
A partir de mars 1944 la mission principale de la Compagnie, faute d'armes, consiste en des actes de sabotages sur les lignes téléphoniques et sur la voie ferrée aux environs de Plomodiern.
Au cours du mois d'août 1944, différents parachutages donneront enfin les moyens à nos maquisards de prendre position au Nord du bourg de Plomodiern face aux collines fortifiées du Ménez-Hom.
Mise ensuite à la disposition du Bataillon «Normandie», la 3e Compagnie participe à diverses opérations avant contribué à la chute de la cote « 330».
Connaissant parfaitement la région, des volontaires de la compagnie serviront de guides aux troupes américaines.
Malheureusement, cet acte de courage conduit certains d'entre eux à y laisser leur vie, d'autres seront sérieusement blessés, en particulier au cours du tragique bombardement de Telgruc-sur-Mer.
La Compagnie sera dissoute après la capitulation de la Presqu'ile de Crozon, mais la majorité de l'effectif continuera la lutte dans la poche de Lorient encore occupée.
Quelques artilleurs du Porzay ont mis sur pied une batterie F.F.I. sans doute la première de France. Le Capitaine ESPERN en prend le commandement, elle est en position à Ploéven.
Le dimanche 27 août, il est 15 h 40, les hommes sont à leurs postes, la pièce de 155 est pointée et chargée «feu» !!! 14 secondes s'écoulent lorsque notre Capitaine nous crie «objectif atteint, continuez le tir». 20 poitrines poussent un hourra ! de victoire : tous les 4 à 5 minutes 28 kg d'acier vont atterrir et éclater sur la cote 330 et cela jusqu'au soir.
Le lendemain, le 155 reprend son pilonnage avec la même précision, le Yed est copieusement arrosé : 2 coups au but ont été déterminants, l'un sur la génératrice électrique, l'autre sur le local de la radio, tous les deux pulvérisés.
Les F.F.I. donnent l'assaut final, la bataille du Ménez-Hom se termine : elle est gagnée, nous poursuivons l'ennemi vers la Presqu’ile.
Le 20 septembre c'est l'ensemble fortifié de Lézongar à Audierne qui est pilonné par le 155 et un 75 ; très vite drapeau blanc et victoire.
La Batterie va passer un rude hiver dans la poche de Lorient, elle prendra part de nouveau au combat et à la libération.
Les artilleurs F.F.I. ont accroché une part de mérite sur les pentes du Ménez-Hom, mais ils n'étaient pas seuls; les forces vives du pays étaient là l'arme au poing, le doigt sur la gâchette, la détermination au cœur; sus à l'envahisseur ! jusqu'à la victoire; le temps qui efface tout ne pourra pas jeter l'oubli sur ces jours de gloire, car le courage et le patriotisme gravés dans le dur granit breton de la stèle témoigneront pour l'histoire.
Le Pointeur du 155 :
C. BLOUET,
Plonévez-Porzay.
Ci-dessous : Le groupe FFI de Plonévez-du-Faou dans le Menez-Hom.
DANS LA PRESQU'ILE DE CROZON
On observe deux phases dans les combats pour la libération de ce secteur très important.
Dans un premier temps, où la situation reste soumise à la domination par l'ennemi du Ménez-Hom, culminant à la cote 330 avec plusieurs points fortifiés, les Forces Françaises de l'Intérieur — F.F.I. - F.T.P. - ont à contenir plus de 10.000 soldats allemands et mercenaires. Le nombre de ceux-ci s'accroît du fait d'une communication par mer avec le camp retranché de Brest.
Quimper a été libéré le 8 août, Douarnenez le 6, Bénodet le 11, mais plusieurs points retiennent des unités de F.F.I. : Concarneau qui tiendra jusqu'au 25 août, Lézongar près d'Audierne, le dernier bastion de l'ennemi à se rendre dans le Finistère le 20 septembre.
Par ailleurs, à Brest, les Américains, rencontrant une farouche résistance du Général RAMCKE notamment et de sa 2° Division parachutiste, ont confié d'importants secteurs aux forces issues de la Résistance, et les F.F.I. finistériens participent sur la Laïta à l'investissement de la poche de Lorient.
Néanmoins, pour ce qui concerne la Presqu'ile de Crozon, les ordres du Commandant départemental des Forces Françaises de l'Intérieur sont de resserrer le dispositif en place et de faire savoir à l'ennemi qu'il est bloqué dans la péninsule.
C'est là une mission héroïque. La ligne de front s'étend sur une douzaine de kilomètres F.F.I.-F.T.P. présent n'atteint pas les 2.000 hommes, sommairement équipés, disposant d'armes légères, les vêtements et chaussures en mauvais état, en face de soldats allemands bien retranchés avec d’importants moyens matériels et un armement lourd.
Sur Plomodiern, le 12 août, on trouve le 1er Bataillon F.T.P. qui va prendre l'appellation de «Normandie» avec ses Compagnies «Bayeux», «Cartouche», «Corentin Cochennec», «Normandie» - auquel viendront s'adjoindre d'autres formations de l'arrondissement de Châteaulin : les Compagnies «Surcouf», «J.-P. Calloc'h», de Huelgoat, celles de Berrien, Scrignac, Carhaix, Plonévez-du-Faou, le Groupe «Kenavo» de Plomodiern, le service sanitaire du Docteur DESSE.
A droite de «Normandie», dans la partie N.-E. du Ménez-Hom, sur Dinéault, est en ligne le Bataillon F.T.P. «Stalingrad», Compagnies «Châteaulin», «De Gaulle», «Ténacité «Victoire».
La tactique des F.F.I. reste celle de la guérilla, patrouilles, accrochages, décrochages, escarmouches, voire engagements plus sévères sur les points où l'ennemi devient agressif, notamment pour assurer son ravitaillement.
Paniqués dans les premiers jours, les Allemands se sont ressaisis. Le 16 août, un raid sur Brasparts, conduit de Brest avec des engins motorisés pour libérer des prisonniers, illustre la précarité de la défense F.F.I.
Le Colonel EON, nommé par Londres Commandant des F.F.I. de Bretagne, parachuté dans les Côtes-du-Nord, arrivé à Châteaulin vers cette date du 15 août, se rendra par deux fois au P. C. du Général MIDDLETON, Commandant le 8º Corps d'Armée américain, pour demander un appui de cavalerie motorisée.
Le 18, le Colonel BERTHAUD, Chef départemental des F.F.I., a désigné le Commandant PHILIPPOT pour prendre le commandement du secteur. Il s'agit, en premier lieu, de colmater la brèche existant entre la position occupée par «Normandie» et la mer.
Il met en ligne le Bataillon «Bellan», de Quimper (5e, 6e et 7e Compagnies), renforcé par la 2e Compagnie du Bataillon F.T.P. «La Tour-d'Auvergne», la Compagnie de Douarnenez («Chancerelle»), des éléments de la Compagnie de Briec, la Batterie d'Artillerie «Espern» utilisant des pièces récupérées sur les Allemands.
L'effectif pour l'ensemble du Front F.F.I. est d'environ 3.000 hommes.
Un détachement motorisé américain, commandé par le Colonel LINGUEST, arrive enfin le 26 août (800 hommes environ). Il se retire chaque soir, les F.F.I. restant seuls en ligne.
PRISE DU MENEZ-HOM (Cote 330)
Jour après jour, des actions se poursuivent sur les axes Dinéault - Trégarvan et Sainte-Marie - Saint-Nic pour l'encerclement du Ménez-Hom.
Les F.F.I. perdent des hommes ici et là, tués ou blessés.
Le 28 août, les combats s'étendent à l'ensemble du front, et les jours suivants les positions allemandes sur les crêtes tombent les unes après les autres.
Le 1e septembre au matin, la cote 330 est atteinte.
Le Lieutenant BERNARD, du Bataillon «Normandie», envoie au Commandement F.F.I ce message : «Le drapeau français flotte sur le Ménez-Hom».
Le Général allemand RAMCKE cherchera à minimiser la victoire des F.F.I. en ironisant sur l'Ordre du Jour rédigé par le Colonel BON. De même, il contestera les prisonniers dont le nombre est important, le matériel pris…
par Alain LE GRAND.
RAPPORT DE LA PRISE
DU PRINCIPAL BASTION DU MENEZ-HOM
PAR LA PREMIERE SECTION DE LA COMPAGNIE «NORMANDIE»
Source : ANACR Finistère
Après avoir été désignés pour occuper la position avancée devant «SAINTE-MARIE», nous rejoignons notre poste sous une pluie d'obus et de mortiers et perdons le premier jour 2 de nos camarades blessés grièvement par les éclats (Henry Joseph et Richard).
Nous tenons durant deux longues journées sous un pilonnage incessant, retranchés dans quelques trous individuels pour nous protéger des éclats. La pluie ne cesse de tomber et nous gêne sérieusement.
Mercredi 30 aout : Le «Corps-Franc» de la Compagnie tente une action contre la cote 299, mais il est reçu par des rafales de mitrailleuses venant de la cote 330. Nous protégeons son repli en mitraillant le sommet du Ménez-Hom où l'ennemi prenait position pour résister. Après un pilonnage incessant de l'artillerie le point d'appui met bas les armes et hisse le pavillon blanc. Des hommes de la section partent à la recherche des prisonniers…
Nous savons, par eux, que la cote 299 est libérée, mais la cote 330, bastion principal, de la chaîne de montagnes, est toujours occupée.
Jeudi 31 août: Le Corps-Franc appuyé par notre section ( tente d'occuper la côte, mais nous sommes reçus par un feu de barrage des armes automatiques ennemies. Les obus de mortiers pleuvent de toutes parts. Nous maintenons notre position devant Sainte-Marie. Après une nuit assez mouvementée (2 alertes):
La pluie nous a encore gênés pendant la nuit.
1er septembre : Prévenu par le guetteur «Hermant» de la présence de deux hommes sur la cote 330... Je constate avec mes jumelles que ce sont 2 Allemands qui descendent de la montagne et se dirigent vers nos lignes avec un pavillon blanc. J'envoie immédiatement 2 hommes à leur rencontre... J'obtiens par eux d'utiles renseignements à savoir : «L'armée allemande a évacué toute la montagne au cours de la nuit. Le bastion est inoccupés. Je décide d'envoyer les prisonniers montrer la route à un groupe de volontaires de la section et j'avertis les Compagnies voisines de ne pas ouvrir le feu. Les hommes partent vers 9 heures 1/2 et peu de temps après occupent la cote 330»... Malheureusement l'aviation ignorant sans doute notre action ouvre le feu sur nos hommes qui se réfugient en hâte dans tous les abris possibles... La 2 section les rejoint sous le bombardement... Les hommes qui sont couchés sur le mont sont démoralisés d'autant plus qu'ils sont dans l'impossibilité de se déplacer...Les avions ne cessent de mitrailler et de lâcher leur chargement de bombes…Malgré tout, après cet instant tragique, un petit détachement envoyé en hâte à leur secours gravit la cote 330 avec un drapeau tricolore (Henri Birrien du P.C. Cie). Les avions apercevant notre fanion cessent de bombarder et de mitrailler.
Enfin les hommes se regroupent, constatant avec joie qu'il n'en manque aucun à l'appel. (Notons en outre qu'ils ont fait un prisonnier qui se trouvait dans une casemate.)
Le drapeau français flotte au sommet du Ménez-Hom et le reste de la section rejoint.
Le Ménez-Hom est occupé par la Compagnie «NORMANDIE».
Ménez-Hom, le 1er septembre 1944.
Le Chef de la 1 Section :
BRAUN.
HISTORIQUE DU MENEZ-HOM
Source : ANACR Finistère
Appelé en renfort le 12 août 1944 dans la Presqu'ile de Crozon, le Bataillon «NORMANDIE», constitué par les Compagnies «SURCOUF*, «BAYEUX*, «CORENTIN COCHENNEC» et «CARTOUCHE», prend position, le 13 août 1944 sur une ligne jalonnée par les villages de Ploéven, Plomodiern et la route de Châteaulin-
Crozon.
Dès le 14 août, les actions de patrouilles commencent et la guérilla, chère aux maquisards, met à l'épreuve nos jeunes gars non encore aguerris. Le contact avec l'ennemi s'affermit dès les premières heures et déjà «du matin au soir» me parviennent des résultats indiquant que l'ennemi, très supérieur en nombre, veut se défendre farouchement. Néanmoins, nos gars en veulent, le premier choc a lieu et l'accrochage est sévère. Les boches paraissent très surpris de l'attaque et après avoir perdu dix morts et des blessés sur le terrain, se replient, abandonnant entre nos mains quelques armes. Chaque jour la Compagnie «CORENTIN COCHENNEC» et particulièrement la Compagnie «BAYEUX» mènent la vie rude aux boches. Les jeunes chefs connaissent maintenant l'art de tendre une embuscade et l'Allemand, pourtant éprouvé par une guerre de quatre ans, se laisse prendre au piège.
Le 15 août, un nouvel accrochage se produit : trois Allemands de plus à l'actif de la Compagnie «BAYEUX» et une quinzaine de blessés sans que la moindre perte nous soit infligée.
Le 16 août, sur mon ordre, toutes les compagnies poussent leurs sections d'assaut dans les lignes ennemies et la S.S. de la Compagnie «BAYEUX» réalise l'exploit de pénétrer dans les lignes allemandes sur une profondeur de 10 km (Pouloupry près de St-Nic) d'où elle rapporte de précieux renseignements transmis immédiatement à l'Etat-Major.
De son côté, la Compagnie «CORENTIN COCHENNEC», qui occupait un secteur très difficile à défendre, se trouve en contact à Kervigen où elle rencontre un ennemi très supérieur en nombre, encerclée, elle réussit un décrochage savant qui lui permet de demander très rapidement du renfort pour stopper l'Allemand qui menaçait déjà Plonévez-Porzay. Une légère panique s'ensuivit dans la population, mais le calme est vite rétabli.
Les S. S. «SURCOUF» poussent jusqu’à Trois Canards où ils sont accueillis par un violent tir de mitrailleuses; néanmoins, un des S.S. réussit à s'infiltrer dans les lignes allemandes déguisé en paysan et nous revient apportant des renseignements très précis sur la situation des ennemis dans ces parages.
La S.S. «CARTOUCHE» patrouillera dans les environs de Plomodiern et comblera les trous énormes entre les compagnies : mission remplie avec bonheur, cette section ayant été encerclée par un groupement ennemi qui n'osa cependant pas l’attaquer.
Le 17 août une patrouille de la Compagnie «CORENTIN COCHENNEC » réédite l'exploit de la Compagnie «Bayeux» et traverse les lignes ennemies jusqu'a 1 km de Saint-Nic.
Le 18 août les Compagnies «BAYEUX», «CORENTIN COCHENNEC» et le groupe de Plomodiern qui vient s'adjoindre à nous, sont encore sur la brèche.
La Compagnie «BAYEUX» et le Groupe «KENAVO» de Plomodiern sont accrochés sérieusement à Lesloys où un groupe d'Allemands vient se ravitailler. Nos gars ne s’en laissent pas compter et 15 Allemands demeurent sur le du tapis. Nous perdons un homme Brélivet Yves du Groupe Plomodiern, et Plassart
Marcel est blessé. Ici commencent les exploits de nos gars qui sous le feu de leur F.M. tiennent en respect les Allemands et demeurent à leur poste de combat jusqu'à épuisement de leurs munitions. Tout le monde décroche.
Le même jour, patrouille Groupe «KENAVO» de Plomodiern qui s'était aventurée jusqu’a Gorre Rible, rencontre des Allemands se ravitaillant à la ferme, feu des nôtres; un Allemand est tué un autre blessé. Repli immédiat de la patrouille sur Kergonec.
Le 18 août encore, une patrouille de la Compagnie «BAYEUX» surprend un groupe de Russes sur le terrain de football de Plomodiern, après une manœuvre d'encerclement que les Russes aperçoivent, l'alerte est donnée mais, malgré le renfort ennemi, 6 Russes demeurent sur le sol, morts ou blessés.
La Compagnie «SURCOUF» opère chaque jour des actions de patrouille sur Dinéault cote 248 et les 3 Canards d'où elle rapporte des renseignements précieux qui seront exploités quelques jours plus tard au cours de notre action offensive vers Sainte-Marie du Ménez-Hom.
Le 18 août toujours, une section de la Compagnie «BAYEUX», en embuscade à la sortie de Plomodiern, voit venir vers elle un convoi hippomobile allemand et 50 hommes; bénéficiant de la surprise la section fait feu de toutes parts et 25 Allemands de plus, dont 10 tués, demeurent sur le sol, les autres se regroupent et ajustent un tir de mortiers sur la section qui se replie sur Saint-Gilles après avoir reçu un appui de feu sérieux de la part du Groupe «KENAVO» qui, une heure auparavant, revenait de Gorre Rible.
Le 19 août, rien à signaler de particulier si ce n'est que les paysans viennent de confirmer le résultat de l'accrochage de la veille au Nord de Plomodiern. Sur l'ordre du Colonel PASSY de l'E.M. du Général KOENIG, des barrages sont établis à tous les points cruciaux du secteur du Bataillon.Ces barrages sont tous gardés et comme conséquence les patrouilles diminuent d’intensité.
La Compagnie «BAYEUX» récupère du matériel téléphonique et se relie immédiatement au P.C.
Les patrouilles effectuées par les Compagnies «Surcouf», «Bayeux», «Corentin Cochennec» et «Cartouche» ne donnent aucun résultat.
Journée du 20 août 1944 : à 10 heures du matin une colonne ennemie descend vers Kervigen lieu de prédilection pour les réquisitions. Elle est accueillie par le Corps-Franc de Corentin Cochennec ; mais l'embuscade est mal tendue et les boches étaient sur leurs gardes ; un tir de mortiers ajusté oblige le Corps-Franc à se replier immédiatement.
Une patrouille «CARTOUCHE» sort en vain sur la route de Plomodiern-Saint-Nic ou on venait de lui signaler un mouvement de troupes ennemies.
Le Corps-Franc du Capitaine DAMPIERRE fait son apparition dans le secteur de Plomodiern, nous lui adjoignons deux sections en renfort et occupons Plomodiern.
Le 21 août le Corps-Franc de la Compagnie «BAYEUX», composé du Chef Yvenat et 5 hommes, pousse jusqu'à Sainte-Marie du Ménez-Hom et poursuit son action sur le village. Elle est surprise par cinq Allemands qui ouvrent immédiatement le feu, les Allemands et les nôtres se replient sans perte.
La Compagnie «CORENTIN COCHENNEC» est relevée du secteur et sa place est occupée par un bataillon de Quimper commandé par le Capitaine BELLAN. Liaison réalisée avec Capitaine BELLAN et Commandant PHILIPPOT, Commandant l'arrondissement de Quimper. La Compagnie de CARHAIX, commandée par le Lieutenant P. LE GOFF remplace CORENTIN COCHENNEC et est placée en réserve d'action immédiate sur la Garenne Kerlaziou.
Le secteur du Bataillon se rétrécit à la suite de ce renfort. Nos actions de patrouilles de contact vont s'affermir en liaison étroite avec toutes les compagnies du bataillon.
Journée du 21-8-44 - Secteur calme R.A.S.
Journée du 22-8.44 - Le Groupe «KENAVO», 2 sections «CARTOUCHE», section de la Compagnie «RICHELIEU et le P.C. Bataillon s'installent définitivement à Plomodiern. Des barrages sont établis sur toutes les routes qui mènent à Plomodiern.
Journée du 23 août 1944.
Le Corps-Franc de «CARTOUCHE» descend jusqu’à Lesloys où il rencontre deux Allemands qu'il abat.
Corps-Franc de la Compagnie «NORMANDIE», qui se distinguera jusqu'à la prise du Ménez-Hom, fait une action sur Coat-Yfinec où il rencontre à la ferme San-Séau un groupe d'Allemands se ravitaillant. Deux Allemands sont tués, les sept autres évitent la bagarre et s’enfuient.
Journée du 24 août: La Compagnie «SURCOUF» est relevée, remplacée par la 2e Compagnie du Huelgoat et une Compagnie de Berrien-Scrignac, et la Compagnie «BAYEUX» par la Compagnie «NORMANDIE».
Le 5 groupe de la Compagnie «CARTOUCHE» part en patrouille sur les 3 Canards où elle rencontre aux abords immédiats du carrefour un groupe de neuf Allemands; des coups de feu sont tirés de part et d'autre et les Allemands perdent à nouveau trois hommes sûrement tués.
Le Corps-Franc de la Compagnie «CARTOUCHE» pousse une patrouille aux sorties de Plomodiern en liaison avec une patrouille du Bataillon de Quimper. A Lesloys il rencontre 2 Allemands isolés sur lesquels nos hommes ouvrent le feu, un Allemand est tué, le deuxième peut s'enfuir à la faveur d'un tir de mortiers dirigé sur les nôtres. Nous perdons ce jour-là le maquisard CALFETER atteint d'une balle en pleine poitrine par un de ses camarades au cours d'un bousculade.
Les Corps-Francs de «NORMANDIE» et de «CARTOUCHE», toujours sur la brèche, cherchent à intercepter les Allemands qui viennent ravitailler Lescobet, mais en vain, car les Allemands sont trop nombreux et sur leurs gardes.
Les Américains arrivent dans le secteur; nous établissons aussitôt une liaison étroite avec les chefs des colonnes blindées et une action d'infanterie très délicate à mener avec des combattants mal instruits va se réaliser et les exploits de nos petits gars se compter sans cesse.
Le Colonel EON, Commandant les F.F.I. de Bretagne, le Lieutenant LE GALL, Commandant le secteur de la Presqu’ile de Crozon, donnent au bataillon des ordres fermes et dès le 26 août 1944, les Compagnies «RICHELIEU», «NORMANDIE», «CARTOUCHE», Groupe Plomodiern, vont réaliser, au nez et à la barbe des Américains, une avance en territoire ennemi sans avoir reçu le moindre appui de leurs blindés.
Nous conservons nos positions acquises jusqu'au lendemain puis, après un tir effectué par un blindé américain à 400 mètres de Sainte-Marie, l’infanterie d'assaut du Bataillon, constituée par une section de la Compagnie «RICHELIEU» et commandée par Jean PONTHOU, une section de la Compagnie «NORMANDIE» et le Corps-Franc de cette même compagnie, vont occuper Sainte-Marie du Ménez-Hom. Une reconnaissance effectuée auparavant par le Chef de Bataillon sur Sainte-Marie du Ménez-Hom à travers les champs de mines assurait aux Américains qu'il n'y avait plus un Allemand au village mais qu'il était indispensable que leur équipe de déminage se mette au travail pour nous permettre de nous installer dans les meilleures conditions.
Ce à quoi nous nous attendions advint. Un tir de mortiers ajusté sur Ste-Marie crée une légère panique au sein de nos sections. 3 hommes sont blessés éclats, 5 hommes sautent sur des mines. Evacuation des blessés par une ambulance américaine qui se risque aux premières lignes.
Dix prisonniers faits dans la nuit par le Corps-Franc de «NORMANDIE» assurent le déminage du secteur.
La section de «NORMANDIE» nous ramène également 5 Allemands au P.C.
Le 28 la Compagnie «CARTOUCHE» prend position à Sainte-Marie où elle est accueillie par un bombardement de mortiers très violent; mais les hommes ont pris la précaution de s'enterrer et seul un blessé léger est évacué; néanmoins quelques armes, dont un F.M., demeurées sur le talus, sont rendues inutilisables par le bombardement. Tout le Bataillon va de l'avant et s'installe à 248, Sainte-Marie du Ménez-Hom, Kergaoc, Stang ar Vennoc, laissant à 1,500 km derrière lui le Bataillon de Quimper. Les blindés américains sont toujours aux 3 Canards. L'avance est réalisée uniquement par notre infanterie et, désormais, nous collectionnerons les prisonniers dont la plupart sont faits par les C.F. des Compagnie «NORMANDIE», «RICHELIEU», Groupe «KENAVO». Les armes récupérées sont immédiatement servies par le groupement de Plomodiern et une section de Morgat rattachée à la Compagnie «RICHELIEU».
La Compagnie de CARHAIX, en réserve d’action immédiate à Pratiganec, qui avait reçu l’ordre combler en partie le trou existant entre le Bataillon «NORMANDIE» et le Bataillon de Quimper, fait des difficultés pour monter en ligne. Les mauvaises têtes sont désarmées et renvoyées sur Carhaix. Le Lieutenant P. LE GOFF demeure avec une cinquantaine de gars et, en liaison avec la Compagnie du Capitaine FER et la Compagnie «RICHELIEU», exécute sa mission.
Néanmoins les boches demeurent agressifs et le 29 ils tentent une contre-attaque par la gauche appuyée par un violent tir de mortiers qui oblige l'infanterie américaine forte de 30 hommes à lâcher ses positions avancées. Mais nos hommes tiennent bon et reçoivent sans sourciller un bombardement de mortiers durant quatre heures. Seuls 3 blessés légers chez nous, qui refusent de se laisser évacuer.
Le Corps-Francs de «NORMANDIE» fait encore, dès la première partie de la nuit, une dizaine de prisonniers, la plupart armés.
Dans la nuit du 29 au 30 quelques éléments du Corps-Franc «NORMANDIE» du Corps-Franc «RICHELIEU» accompagnés et conduits par un chef de section de la Compagnie de Plomodiern, s'aventurent sur la cote 246 d'où ils ramènent une compagnie de Russes forte de 87 hommes dont 3 officiers. Les armes sont récupérées et immédiatement servies. Les prisonniers sont remis aux Américains qui les dirigent sur un camp.
La Compagnie «NORMANDIE» a également à son actif une vingtaine de prisonniers, tandis que la Compagnie «CARTOUCHE» en place à Kergaoc en fait quatre. La Compagnie «LE GUERN» de Plonévez-du-Faou, deux.
Les Allemands continuent à nous bombarder et à nous mitrailler dans la journée du 30. Les blindés américains sont toujours aux 3 Canards et au-delà, quelques canons tirent sur 246, 299 et 330. L'aviation alliée intervient également mais, le tir effectif au 330 a été réalisé par nos artilleurs français qui placèrent un tir magnifique sur la position fortifiée du Ménez-Hom (330).
Le 30 août 1944, en accord avec les Américains, je fais cesser le tir d'artillerie sur 299 pour permettre au C.-F. de «NORMANDIE» d'y pousser une reconnaissance, à deux reprises 8 hommes de ce groupe tentent l'encerclement d'un blockhaus en vain ! Vers 15 heures cependant, ils réussissent avec une audace inouïe à pénétrer dans le blockhaus et font prisonniers 7 Allemands sur 9, deux d'entre-eux ayant réussi à fuir et à donner l'alerte. Nos gars redescendent vers Stang ar Venoc avec leurs prisonniers, mais sont mitraillés de 246 et de 330. J.-P. Gourvest est blessé à l'épaule mais les prisonniers ne sont pas lâchés et fourniront aux Américains des renseignements précieux que leur artillerie exploitera ainsi que l'aviation alliée. Nous récupérons encore du matériel, armes individuelles, grenades, mitrailleuses allemandes, etc…
Les prisonniers allemands affluent de toutes parts et chaque compagnie en compte à son actif un lot important. Tous sont récupérés par les Américains.
Le 31 août le C.-F. de «NORMANDIE» tente d'achever la récupération des armes de la cote 299 mais, avant que nous puissions tout emporter, un feu nourri, en provenance de 246, nous accueille et nous devons nous replier sur Stang ar Venoc; mais dans la nuit du 31 au 1er, des actions incessantes de patrouilles sur 163, 246, 299 et 330, vont rendre la vie intenable aux derniers défenseur des hauteurs du Ménez-Hom. La Compagnie
d'Huelgoat, liaison avec la Compagnie «CARTOUCHE», effectue une action «en force» contre le Ménez-Hom. Les mortiers de 60 de la Compagnie d'Huelgoat réalisent l'exploit de faire déloger les derniers boches du Ménez-Hom permettant le lendemain à quelques éléments du C.-F.«NORMANDIE» et «RICHELIEU», d'occuper sans coup férir le MENEZ-Hom où il ne demeurait plus que quatre Allemands.
La Compagnie «RICHELIEU» pousse quelques éléments sur 246 et y cueille les derniers défenseurs sans occuper la position.
Le 1er septembre 1944, le Ménez-Hom est occupé par la Compagnie «NORMANDIE»; la Compagnie «LE GUERN» de Plonévez-du-Faou recueille 5 prisonniers russes; la Compagnie «NORMANDIE» 9 prisonniers. La Compagnie «RICHELIEU» et le Corps-Franc de «NORMANDIE» occupent 246 et 299 pendant que le Bataillon de Quimper dépasse la cote 163 et fonce sur Saint-Nic derrière les blindés; le groupe Plomodiern, qui a fourni à ces derniers la majorité des guides, part, sur mon assentiment avec le Bataillon de Quimper. Le Bataillon «NORMANDIE» reçoit l'ordre de demeurer sur les hauteurs du Ménez-Hom pour récupérer le matériel abandonné par les Allemands pendant que les colonnes blindées américaines, trouvant maintenant le champ libre devant elles, foncent sur Telgruc-Argol.
Matériel récupéré sur les hauteurs du Ménez-Hom :
- 2 canons 77 avec munitions ;
- 1 mortier de 81 avec munitions :
- 3 mitrailleuses Hotchkiss avec munitions et 3 canons de rechange;
- 3 canons de 20 ;
- 5 mitrailleuses légères allemandes et russes ;
- 1 mitrailleuse lourde allemande ;
- des appareils téléphoniques:
- 16 mausers avec munitions ;
- 1 caisse de grenades offensives;
- 30 grenades à manche;
- 1 projecteur, etc.
Châteauneuf-du-Faou, le 20 septembre 1944.
Le Capitaine BERNARD,
Commandant le Bataillon «Normandie».
Le 25 juillet, 50 jours après le débarquement, les forces alliés sont encore bloquées dans le Cotentin et en Basse-Normandie.
Le 26 juillet 1944, les Américains du Général PATTON crevaient le front allemand à Avranches. Au soir de cc jour, ils passaient au compte-gouttes sur le pont de Pontaubant, à portée de grenade des parachutistes allemands ..
Le général allemand qui commandait le front a écrit, il y a 10 ans, que s'il avait pu recevoir le renfort des parachutistes de RAMCKE, qui s'étaient mis en mouvement depuis l'Ouest de la Bretagne, il aurait cloué sur place et refoulé, sans doute, les forces américaines.
Que se serait-il passé ?
Sans doute, le destin de la guerre n'eût-il pas été modifié. L'Allemagne hitlérienne était déjà condamnée.
Mais nous savons qu'il s'en serait suivi un ou plusieurs débarquement à la pointe de Bretagne, c'està-dire des bombardements en tapis, si tragiquement connus. C'est-à-dire des morts par dizaines de milliers, des ruines amoncelées.
Or, depuis les premiers jours d'août, les chars américains étaient sous Brest, après avoir traversé la Bretagne sans pratiquement rencontrer les Allemands.
C'est que la Bretagne insurgée s'était levée. Pas une route, pas le moindre chemin, pas un pont n'était libre pour les soldats hitlériens. Des hommes presque sans armes avaient disloqué la machine de guerre éprouvée des Allemands et mis en déroute la tristement célèbre division de parachutistes du Général RAMCKE.
EINSENHOWER lui-même a dit que son plan de guerre fut avancé de 6 semaines.
Sans doute avons-nous eu des morts. Sans doute des femmes et des enfants furent-ils suppliciés par les barbares que d'aucuns voudraient réhabiliter, sans doute la trahison de quelques individus et en particulier celle de ces soi-disant autonomistes bretons d'alors qui avaient lié leur sort à HlTLER nous ont-ils coûté bien des drames, mais combien de vies sauvées !
Et quelle fierté d'avoir soi-même conquis sa liberté ! Quelle fierté de recevoir les soldats venus d'audelà des mers comme des compagnons d'armes qui se saluent et non comme des sauveurs attendus à qui l'on doit tout.
Voilà cette page que nous avons vécue, dite, sinon redite.


