PÔLE JEAN MOULIN

23 novembre 1937 | Un garçon juif néerlandais, Siegfried Robert Spanjaard, est né à La Haye. En octobre 1942, il est déporté à Auschwitz et assassiné dans une chambre à gaz après la sélection. source : Auschwitz Memorial



Histoire de PLOUJEAN 1939-1945
par Yvonne et Michel LE BARS MORLAIX

Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 23 juin 2022


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Renseignements à venir

SOURCE : Yvonne et Michel LE BARS MORLAIX


1939-1945
La guerre et l’occupation à Ploujean

Par Yvonne Nicolas & Michel Le Bars

Il est bon de se remémorer...et d’ailleurs, impossible d’oublier. On s’en souvient comme d’un ouragan venu tout bouleverser, tout saccager, tout dévorer... Cinq années dont on ne voyait pas la fin et qui ont fortement marqué notre existence.

Vous, les hommes, vous étiez un peu partout : au combat, sur les mers, en Angleterre, en Afrique, en Zone libre, prisonniers ou déportés en Allemagne ou simplement à Ploujean... mais à Ploujean c’était aussi la guerre !!

Après la « drôle de guerre », rien à signaler, marquaient les journaux, ce qui n’empêcha pas plusieurs de perdre la vie, voici le 19 juin 1940. Une armada de guerriers, de motards, de tanks, de camions déferlent sur Morlaix. Est-ce possible ? Ce soir même, me trouvant près de la Poste, je vois, tel un épervier scrutant sa proie, un avion gris foncé, à croix gammée, survolant à rase motte le bourg de Ploujean, avant de prendre possession de notre terrain d’aviation.

A partir de là, c’en est fait de notre liberté. Couvre-feu, réquisitions, perquisitions, « ausweiss » ou laissez-passer obligatoires, nous sommes en pays occupé et plus tard, en zone côtière interdite...
La croix gammée flotte à la mairie et à la kommandantur (pour Ploujean à Ker-Per, chez le commandant Guizien). Les Allemands sont les maîtres et le font savoir. L’occupant s’installe partout et prend possession de tout ce qui l’intéresse. Le Mark devient la monnaie officielle !

Nous sommes littéralement envahis: écoles, salles diverses, habitations jugées correctes pour eux, sont réquisitionnées. L’école publique se replie dans une baraque dans le bois près de chez Jean Guizien, l’école privée à Roz ar Méné. Dans notre petit bourg on entend passer les hordes de soldats, scandant « Aïe hi, Aïe ho.. », et nous poursuivons en sourdine « bande de chameaux »... Les trois Kervoal sont évacués pour élargir le champ de visibilité de l ‘aérodrome. C’est dans une atmosphère lourde et dangereuse que nous vivons, chaque jour, chaque nuit, marqués par les passages d’avions anglais annoncés par deux sirènes, pourchassés par la D.C.A. installée sur le clocher de l’église et un peu partout.

Très vite les denrées se raréfient, le Français qui le peut fait quelques réserves. Les soldats allemands sont friands des vêtements de femme qu’ils expédient à « Madame » en Allemagne. Bientôt les magasins sont vides ! Restrictions : cartes de pain, cartes d’alimentation et de textile, marché noir sont au menu quotidien. Plus de café, plus de sucre, plus de viande, plus de chocolat, plus d’essence, plus d’huile... On manque de tout car tout est réservé pour la guerre et pour l’armée allemande. Plus les mois passent, plus c’est dur ! On invente le café à l’orge, le ragoût sans viande, l’omelette sans oeufs !! On fabrique son savon, ses bougies et bien d’autres choses...Bref on se débrouille tant bien que mal. Posséder un vélo est une chance, presque un luxe. Ce sont de vieilles bicyclettes sorties des greniers et remises en état. Les bons vélos ont été réquisitionnés ou camouflés. Il en est de même des automobiles. Seules roulent à Ploujean, avec « ausweiss », l’auto rouge du recteur et la « De Dion-Bouton » de l’entrepreneur.

La ville se ravitaille à la campagne et s’y fait des amis. C’est au moins la chance des plus dégourdis. Les saucissons, le morceau de lard, la livre de beurre, la douzaine d’œufs, troqués contre un tablier, un pantalon ou des cigarettes se promènent discrètement sur les chemins, dissimulés dans un vêtement sur les porte-bagages ou cachés au fond d’une voiture d’enfant...

Le paysan est un peu privilégié en ce sens qu’avec un lopin de terre, deux vaches, un cochon, quelques poules et lapins, on est tout de même sûr de ne pas mourir de faim.
Quand on le peut, on se marie quand même. Le jour de mon mariage, les jeunes de la noce décident d’aller danser au « Bas de la Rivière », à pied bien sûr. Surpris par le couvre-feu, ils passent la nuit dans un champ de Pen al Liorzou, cachés derrière les gerbes de blé dressées en petits tas.
Les aviateurs anglais, rescapés d’attaques aériennes, sont réconfortés, soignés, cachés et dirigés clandestinement vers l’Angleterre. Vous vous rappelez ce parachutiste tombé dans les taillis de Pont Coz, arrivé à travers bois chez Yves Guéguen dans la maison aux coquilles, près de la Maison de Paille. Perché au haut d’un arbre puis dissimulé dans le tas de foin, il entendait les soldats allemands fouiller les alentours. Ils fouillèrent toutes les maisons sous les meubles, dans les cheminées. Ils étaient fous ! Ils avaient bien vu le parachutiste tomber.

L’oppression est mal acceptée et la rébellion s’installe. Sabotages, tracts, grands V, croix de Lorraine se multiplient... Les Allemands sont agacés, menaçants et souvent dangereux. L’humour émerge pourtant de situations dramatiques : un dessin représentant deux cochons habillés en soldats allemands présentant les armes.

On lit : « Nous manquons de beurre et de lait et pourtant nous sommes entourés d ‘une bande vaches »...
On entend : « Autrefois je gardais les vaches, maintenant ce sont les vaches qui me gardent »...

Tout cela soulève la colère de l’Allemand. Les rassemblements sont suspects, les bals sont interdits, et les « interdits » sont légion. Le mot « Verboten » devient familier. La population entend pourtant l’Appel du général de Gaulle qui passe de bouche à oreille... L’aérodrome nous a valu des bombardements trop fréquents, tel ce dimanche de Communion et de Confirmation. Après le carillon, les sirènes se sont mises à hurler. La D.C.A. est entrée en action et les bombes ont commencé à pleuvoir: Kerguiniou détruit et les alentours éclaboussés. Cinq bombes dans un champ de 70 ares à P. Jacq. Le dépôt de munitions recherché n’avait pas été touché... Un autre dimanche encore : l’aérodrome. A Kerhallon, Jeanne Marie Teurnier tenait la bride de son cheval. Le cheval s’emballe, elle est tuée. Le 28 juin 1943, je me trouvais à bicyclette au niveau de Pen Créac’h quand j’entendis les sirènes. Les avions s’approchaient et avant Pont Coz j’ai compris qu’ils descendaient sur nous. Folle de peur, j’ai laissé mon vélo pour m’allonger dans le fossé. Le bon père Madec passant par-là, je l’ai supplié de rester avec moi. Il s’est allongé à son tour. Les bombes sifflaient, un chapelet de bombes était tombé autour du pigeonnier et un autre à Pen Créac’h sur la ferme Morvan, tuant la petite Lisa, 5 ans, et une vieille dame de 75 ans, venue chercher son lait. D ‘autres bombes étaient tombées sur le terrain d’aviation, mais on ne connaissait jamais le nombre de victimes.

Le 29 janvier 1943

Comment ne pas relater le bombardement de Morlaix qui fit plus de 80 morts, dont 39 enfants de 5 à 7 ans et leur institutrice. Ce 29 janvier 1943 reste la journée la plus meurtrière que connut l’histoire de Morlaix. En effet, si en 1522 et dix ans plus tard en 1532, les Anglais effectuèrent des raids sur Morlaix, pillant la ville, massacrant beaucoup d’habitants, ces raids furent moins meurtriers que le bombardement aérien.

Or, ce 29 janvier, les bombes tuèrent en quelques minutes plus de 80 personnes dont plus de la moitié furent des enfants. Il était 14h15 lorsque la ville sortit en sursaut de sa torpeur sous les « Flacs » de la DCA. Quelques instants plus tard, les sinistres hurlements des sirènes appelaient la population à se mettre à l’abri. Et le drame se produisit, rapide comme l’éclair, bruyant comme le tonnerre !

Une première vague de six avions piquant sur le viaduc ferroviaire lâcha ses bombes dans un fracas épouvantable. Alors que les nuages de fumée montaient dans un ciel d’azur, une seconde vague de six bombardiers larguait son chapelet achevant de meurtrir la ville. Tandis que les avions, leur terrible mission accomplie repartaient, l’un d’eux touché traînant en arrière, le drame, au fil des minutes, apparaissait dans toute son horreur.

Quarante trois bombes étaient tombées: deux avaient atteint leur objectif touchant la quatrième arche du viaduc, côté Paris, et une pile. L’arche était coupée aux deux tiers. Mais les autres bombes avaient explosé sur l’église Saint Melaine et la sacristie, au Créou, au Carmel, au Calvaire, au cimetière St Charles (ou furent tuées des personnes venues à l’enterrement d’un petit garçon), place Thiers (aujourd’hui place des Otages), à Saint Martin et sur l’école Notre Dame de Lourdes, tout près du viaduc. C’est là que le drame atteint son paroxysme, les bombes s’étant écrasées sur la classe enfantine, tuant 39 petits enfants de 4 à 7 ans et leur institutrice, sœur St Cyr. D’autres furent blessés plus ou moins grièvement.
Les secours s’organisèrent très rapidement dans les divers quartiers. A Notre Dame de Lourdes, les parents accouraient, affolés car la terrible nouvelle se répandit comme une traînée de poudre au quartier Saint Martin. Papas et mamans, fous de douleur, recherchaient dans les décombres des corps mutilés, tentaient de reconnaître le bambin qui, quelques heures plus tôt, faisait la joie de la maison ! Deux familles perdirent chacune un petit garçon et une petite fille. Plusieurs enfants ne purent être identifiés. Au cœur de la ville gisaient place Thiers des corps, des membres arrachés...

Une quarantaine de blessés furent transportés au Collège de filles, au Château, qui servait d’hôpital, l’autre étant en grande partie réquisitionné par les occupants. La plupart des blessés, transportés par des véhicules roulant au gazogène et ne pouvant monter l’abrupte côte, étaient brancardés jusqu’au collège où, médecins et infirmières religieuses s’affairaient pour les sauver.

Les cadavres mutilés , les blessés secourus, les hommes de la Défense passive et une armée de volontaires se mirent en devoir de déblayer la ville, rues Ange de Guernisac et de Ploujean, de fouiller les décombres des 20 immeubles totalement détruits, des 40 sérieusement endommagés sur les 150 touchés.

Nous connaissons tous plusieurs victimes : Mme Grall, ancienne directrice d’école publique de Ploujean, M. Costa de Beauregard, maire de Plouézoc’h qui était chez son coiffeur...
Quant au viaduc, il se trouvait inutilisable pour quelques jours, car dès le 8 février, sur une seule voie, le train pouvait encore passer au-dessus de la ville pour desservir le port et la base sous-marine de Brest.

Un premier train venant de Brest s’arrêtait à Morlaix... Pour les Allemands, pas de problème : des camions étaient à la gare. Les quelques Français, dans l’obligation de voyager, descendaient la venelle de la Roche et remontaient, toujours à pied, l’autre versant pour monter dans le deuxième train à la barrière du Verger.

Les ingénieurs allemands dépêchés à Morlaix firent réparer rapidement notre cher viaduc par l’entreprise Todt. Dix jours plus tard, le train circulait à nouveau sur le pont, au ralenti et sur une seule voie.

Noël 1943 : une grenade, 60 otages

Terrible Noël que celui de 1943 pour les Morlaisiens. Dans la nuit du 24 au 25 décembre, lancé de la rue Gambetta, une grenade tombe sur l’ancien salon Quiviger, rue de Brest. Traversant la verrière, elle explose au milieu de la piste de danse où évoluent nombre de couples.

Cette salle, réquisitionnée par les troupes d’occupation est devenue le Foyer de soldat, « Soldatenheim ». En cette nuit de Noël, loin de leur famille, nombre d’officiers, sous-officiers et soldats allemands, souvent accompagnés de « souris grises » ou « vertes », jeunes femmes allemandes de la Luftwaffe (armée de l’air) ou de la Wehrmacht (armée de terre) s’amusent, loin des théâtres des opérations militaires. Quelques françaises perdues collaborent aussi à leur façon, sans véritable méchanceté sans doute, avec les soldats ennemis occupant la « Mère Patrie ».

Bruit fracassant que celui de la verrière se brisant et de la grenade explosant. Courte panique, l’idée de bombardement semblant plus vraisemblable que celle de l’attentat. Vite les Allemands se ressaisissent et portent secours aux blessés. Ils seront immédiatement transportés à l’hôpital militaire, installé dans l’ancien collège de jeunes filles, aujourd’hui collège du Château. Selon divers témoignages, difficiles à vérifier, car les troupes d’occupation se sont montrées fort discrètes en ce domaine, il y aurait eu 17 blessés, hommes et femmes, tant par la grenade que par la verrière. Mais il ne semble pas qu’il y ait eu un seul mort.

En tout état de cause cet attentat a mis les Allemands en fureur. Et ce qui était prévisible, et même évident, se produisit, c’est-à-dire une terrible répression contre la population civile. Ainsi le dimanche 26 décembre à l’aube, les troupes allemandes d’occupation, encadrées par des éléments de la sinistre Gestapo et de la feldgendarmerie, effectuaient une rafle massive en ville de Morlaix, arrêtant les hommes valides de 15 à 40 ans : créneau bien ciblé contre d’éventuels « terroristes ». Ainsi entre 6 heures et 8 heures du matin, c’est environ 400 hommes qui sont pris, les uns dans la rue, les autres à leur domicile, alors qu’ils n’étaient pas encore levés !
En ce matinal dimanche, peu de monde se trouve dans les rues. Cependant Gilles Cam venait, avec sa carriole, tirée par un âne, livrer son lait. L’infortuné âne n’y comprend rien lorsqu’il voit son maître partir entre les soldats.

Les officiers supérieurs allemands, les hommes de la Gestapo, manteaux de cuir noir et chapeaux mous, les photographes de l’armée allemande sont là et font le tri, apparemment au hasard, mettant de côté 60 hommes et ordonnant aux autres de rentrer chez eux, ce qu’ils font sans attendre. Soixante otages sont donc gardés. Encadrés par des soldats en arme, ils quittent la place Thiers (place des Otages), à peu près à la hauteur du kiosque, pour monter la rampe St Nicolas et par Coatserho, gagner l’aérodrome.

Les otages sont conduits dans un vaste hangar où un officier allemand nomme le docteur Mostini responsable des prisonniers déclarant qu’il serait fusillé à la moindre tentative d’évasion. Les otages sont répartis dans trois baraquements, situés approximativement à l’endroit où a été érigée un stèle à leur mémoire au lieu-dit « Tunisie ».

L’émotion est grande à Morlaix. Les autorités locales, le docteur Olivier Le Jeune, sénateur maire, le chanoine Boulic, curé de Saint Matthieu, le Pasteur, le Sous-Préfet, interviennent auprès de la Kommandantur pour demander la libération des otages. Cela ne pourrait se faire que si le coupable se dénonçait... Sous la pression des familles et des officiels, des visites sont autorisées pour apporter aux prisonniers vivres et vêtements, sous la surveillance vigilante des soldats.

Et c’est dans l’anxiété que les 60 otages et leurs familles et amis passèrent une St Sylvestre bien sombre, alors pourtant qu’en ce 1er janvier 1944 se dessinait l’aube du débarquement et de la libération. Le lanceur de grenade ayant gardé le silence, les occupants décidaient de déporter en Allemagne les soixante otages Morlaisiens. Le dimanche 2 janvier 1944, vers 8 heures, trois camions bâchés embarquent les otages et les conduisent à la gare où attendent trois wagons à bestiaux.

La population, mystérieusement alertée par Jean Conseil, préposé PTT, a envahi la rue Gambetta et s’est massée devant la gare. Contenue par les soldats, les Morlaisiens assistent de loin à l’embarquement des prisonniers, par paquets de vingt, dans les wagons à bestiaux. Sans plus attendre, la plupart des habitants descendent les escaliers de la gare et se rassemblent au pied de la Mairie. Lorsqu’en fin de matinée s’ébranle le convoi et franchit le viaduc, la Marseillaise monte du fond de la vallée, puis le pathétique « ce n’est qu’un au revoir mes frères... ».

Cet « au revoir » ne restera qu’un vœu pour 32 des Morlaisiens qui ne reviendront pas du camp de Buchenwald et ne reverront jamais leur bonne et paisible ville de Morlaix. Nombre d’autres rentreront épuisés, affaiblis et traîneront plusieurs années ou seulement quelques mois avant de quitter ce monde cruel !

Mais à qui donc est dû ce terrible malheur qui a frappé tant d’innocentes victimes et plongé tant de familles dans l’angoisse ? Tous les morlaisiens ont le droit de savoir ! Né en 1923 à Scrignac, Jean Thépaut faisait partie des Francs Tireurs et Partisans. Deux semaines avant l‘attentat de Morlaix, accompagné de quelques comparses, il avait froidement abattu l’abbé Jean Marie Perrot, recteur de Scrignac, qui accompagné de son enfant de chœur regagnait, par un chemin creux, son presbytère.

Jean Thépaut était, à vingt ans, cheminot au réseau breton des Chemins de Fer et avait une chambre rue Longue. C’est ainsi qu’il descendit par l’escalier du Temps perdu jusqu’à la rue Gambetta d’où il lança la grenade sur le Soldatenheim, rue de Brest, ce qui entraîna l’incendie de la maison de l’avocat Le Hir, l’arrestation de toute sa famille, puis la déportation des soixante otages. Quant au franc tireur, il prit dans la nuit le train de Paris.

Après la libération, personne ne revendiqua, pas plus l’assassinat de Yan Var Perrot que l’attentat de Morlaix. Jean Thépaut s’engagea dans l’armée et fit les guerres d’Indochine et d’Algérie qu’il termina avec le grade de Capitaine. Jean Thépaut est aujourd’hui décédé.

Combien d’autres victimes de leur devoir !

Je pense encore à Yves Caroff tué à bout portant à Pen an Traon, chez le père Scornet, lui-même blessé à la jambe, un certain 1er janvier, et combien d’autres que j’oublie peut-être...
Je n’oublie pas, bien sûr, ceux de Ploujean restés sur les champs de bataille, sur terre, sur mer et dans les airs. Il y a eu 55 victimes en tout sur l’ex commune de Ploujean.

A 20 ans, certains ne pouvaient supporter l’Occupation, mais ils le payèrent cher !! François Le Mel et ses amis se préparent à rejoindre De Gaulle... Ils passent la dernière nuit à Gwaël Kaer et descendent le petit escalier étroit qui rejoint la route du Bas de la Rivière. Les Allemands les surprennent. Ils ont été dénoncés par un traître. Déporté, Le Mel fut libéré par les Russes en 1946 dans un tel état de faiblesse qu’il ne put rejoindre la France.

Et voici le récit d’un départ malheureux du Dourduff dont vous connaissez la plupart des acteurs. 15 décembre 1940 : Dix jeunes gens de la région morlaisienne décident de traverser la Manche. La pinasse qui doit les emmener en Angleterre est basée au Dourduff. C’est là que Roger Le Corre et 5 de ses camarades embarquent l’essence. Ils se laissent alors dériver, sans bruit, jusqu’à Kérarmel où les attend le reste de la troupe... Et c’est le départ. Ils sortent de la baie sans incident, l’un des passagers mettant la main sur le tuyau d’échappement pour amortir le bruit. Jusqu’à minuit, tout va bien. C’est alors que se lève la tempête. La chance leur tourne le dos : compas inutilisable, embrayage détraqué... Le 16, vers midi, ils aperçoivent une côte, une fumée dans le lointain. Pas de doute, c’est l’Angleterre. Scornet sort un drapeau tricolore frappé d’une Croix de Lorraine. Hélas, des soldats allemands les attendaient. Il jettent à l’eau les armes et atterrissent à Guernesey...

Arrestation, emprisonnement, interrogatoires... Le 6 janvier 1941, ils sont transférés à Jersey et le 4 février transférés devant une cour martiale. François Scornet, né à Ploujean le 25 mai 1919, est condamné à mort. Roger Le Corre, né à Ploujean le 25 mars 1918, Roger Goasguen, né au Dourduff le 22 septembre 1921, Pierre Lourec, Fernand Guillard écopèrent de 15 ans de travaux forcés, Marcel Querrec de 8 ans. Les autres étaient condamnés à 5 ans de prison. François Scornet fut fusillé à Jersey le 17 mars 1941.
Il y eut de l’héroïsme sous toutes ses formes. J’ai toujours admiré le courage de M. Protard qui, surmontant son épreuve personnelle (il avait perdu son fils et son gendre au début des hostilités), consacrait son temps au colis, combien difficile du prisonnier. Avec le concours précieux de Mme du Halgouët et de la Croix Rouge Internationale, les colis partaient de Ploujean à destination des Stalags...

1945... Les Allemands sont partis depuis longtemps, mais ce n’est pas fini. Traonfeunteuniou, occupé successivement par les Allemands, les Américains, les FFI, pillé, saccagé, est ouvert à tous les vents. Les gamins en profitent pour venir s’amuser. Un obus traîne... C’est tentant... Si on le lançait par la fenêtre...C’est chose faite. L’obus éclate, tuant François Kéruzec, 16 ans. L’empreinte de l’obus est toujours sur la marche.

Avril 45 : les services de déminage sont débordés. Lassés de les attendre, Jean Marie Combot et Jean Steun, du bourg, entreprennent de déminer leurs champs. Ils ont bientôt fini. Hélas une des dernières mines explose. Il y a deux veuves et cinq orphelins en bas-âge...

C’était tout cela la guerre à Ploujean et ailleurs : une tragédie épouvantable, un formidable élan de patriotisme, une résistance ardente et patiente qui oeuvrait dans l’ombre, des histoires cocasses et des débrouillardises invraisemblables...

Mais la roue tourne. Le vainqueur, vaincu à son tour, est reparti chez lui. Courageusement on a rebâti et on a compris. Nous avons compris... Alsacien d’origine et parlant parfaitement l’allemand, M. Gaudiche, recteur de Ploujean en 1940, s’exprimait ainsi : « Il n’y a qu’une façon de faire cesser les rivalités franco-allemandes, c’est de faire l’Europe. Il faudra faire l’Europe ». Pour ces propos, certains le tenaient pour un « collabo ». C’était pourtant un patriote !

A leur tour, nos enfants ont crié : « Plus de guerre, faisons l’Europe », l’Europe économique d’abord, « le Marché Commun ». L’un après l’autre, les Etats de l’Europe occidentale rentrent dans la Communauté...l’Europe Unie. L’ennemi d’hier est devenu notre ami d’aujourd’hui. Des colloques au sommet s’organisent et les Grands de ce monde commencent même à se donner la main...
Nos petits-enfants apprennent la guerre 1939-45 sans plus d’intérêt que la guerre de Cent ans... Phénomène du temps qui passe... Puissent-ils ne jamais connaître de très grands cataclysmes !! Puisse le monde ne plus avoir à souffrir de quelques fanatiques, mais être protégé par des hommes d’intelligence et de cœur.

« Si tous les gars du monde devenaient de bons copains Et marchaient la main dans la main Le bonheur serait pour demain... »



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