PÔLE JEAN MOULIN

Chers Amis du Pôle Jean Moulin-réseau MRN, A toutes et tous nos voeux les plus chaleureux pour 2021. L'année qui s'achève fut rude et éprouvante. Une pensée fraternelle pour tous nos amis disparus. Ils resteront chers à notre coeur. Je vous embrasse, Anne FRIANT MENDRES



Les Fusillés de la TORCHE
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 19 décembre 2020 / mise à jour le 16 juin 2021


A LA MEMOIRE DES FUSILLES DE POULGUEN


Le 8 mai dernier . dans toutes les. communes de France, a été commémoré l'Armistice du 8 mai 45. Au Guilvinec, à Treffiagat et Penmarc'h, cette cérémonie a été marquée par un dépôt de gerbe aux monuments aux Morts. la plupart des participants se sont ensuite rendus au monument des fusillés de Poulguen., Poulguen où, d'avril à mai 1944 (voici donc 40 ans), tombèrent avec un grand courage 33 combattants de la Résistance.

Deux républicains espagnols y achevèrent leur héroïque combat pour la liberté, mêlant un sang généreux à celui de nos compatriotes . Plus tard. les bourreaux. hitlériens, après avoir abattu sur le territoire de leur commune natale les deux frères Volant, de Plobannalec-Lesconil. vinrent enfouir leurs cadavres dans le sable abreuvé de sang de Poulguen. Au total 35 patriotes y trouvèrent une fm glorieuse.

Leurs noms sont gravés dans le granit du monument érigé en 194 7 à l'initiative de la municipalité de Penmarc'h, sur les lieux même du massacre, sauf pour quatre d'entre eux, non identifiés et qui y figurent sous l'inscription:« quatre Anonymes», quatre soldats sans uniforme de la liberté et de l'indépendance, soldats aux noms perdus, d'autant plus chers, s'il est possible, à nos coeurs.

Ces combattants étaient tous des travailleurs : ouvriers, paysans, marins, artisans, commerçants, enseignants, fonctionnaires ...

la noble figure du docteur Nicolas, né à Pont-L'Abbé , le 16 décembre 1879, domicilié à Concarneau. représentait les professions libérales. C'était aussi le doyen d'âge de tous ces héros . Il aurait pu être le père , et même le grand-père de beaucoup d'entre eux.

Ce qui frappe. en effet, c'est leur jeunesse. La plupart étaient Finistériens , mais l'Ille-et-Vilaine, L'Eure-et-Loir et la Région parisienne y étaient aussi représentés, et, nous l'avons vu , les Républicains espagnols . Ce qu'ils avaient tous de commun , c'était la haine de l'oppression, l'amour de la liberté, la volonté d'une vie meilleure dans un monde libéré de la servitude.

Pour terminer cette évocation et taire toucher du doigt - notamment aux jeunes générations- le courage inouï de ces hommes , nous rappellerons l'exemple de Manu BRUSQ d' Audierne. Ce témoignage nous vient d'un douanier allemand de la GAST (Douane allemande) du Guilvinec, recueilli par un de ses collègues

d'Audieme et que nous a rapporté Francis Postic, ancien maire de cette commune et ancien douanier lui-même :

Manu Brusq , jeune homme athlétique. dynamique. très intelligent et cultivé, était l'homme des coups de main spectaculaires, l'homme sans peur. Il avait du mal à se contenir et sa témérité frisait l'inconscience du danger comme en témoigne son dernier acte avant son exécution.

Avant d'arriver au lieu désigné pour leur mort encadrés par les Allemands fusils chargés, baïonnette au canon, un capitaine commit 1' imprudence de s'approcher trop près des patriotes pour lancer un ordre aux soldats de tête . D'un geste frénétique, Manu BRUSQ s’empara du petit sabre de l'officier et le tua. Presque massacré à coups de crosses, il fut fusillé quelques minutes plus tard.

Ni chez Manu Brusq, ni chez ses camarades , il n'y avait la moindre inconscience du danger . Bien au contraire, ils étaient bien placés pour apprécier la sauvagerie de l'ennemi et savaient pertinemment à quoi ils s'exposaient . Mais leur « intrépidité » venait d'abord de leur haine d'un oppresseur particulièrement féroce mais aussi de ce que ,. dans le combat quotidien contre lui , ils s'étaient aguerris et connaissaient parfaitement ses insuffisances et ses faiblesses.

A l'heure où certains s'efforcent de ternir l'image de la Résistance , de réhabiliter quelques criminels nazis , où certaines organisations d'extrême-droite se réclament ouvertement de l'idéologie fasciste , il était bon que soient rappelés les immenses sacrifices consentis par notre peuple pour libérer notre territoire de l'oppresseur hitlérien.


J.K.
« LE TRAVAILLEUR BIGOUDEN » N° 113 de mai-iuin 1984



De nombreux résistants qui pour beaucoup étaient internés à la prison Saint-Charles de Quimper ont été fusillés sur la dune du Poulguen à Penmarch le 21 avril 1944 et début mai 1944. La fosse qui sera ouverte le 31 août 1944 livrera 35 corps qui seront pour certains difficiles voire impossibles à identifier. Deux d’entre eux au moins étaient ceux de résistants n’ayant pas été exécutés à Poulguen. Sans doute réalisé par un professionnel, cette série de photos constitue un témoignage exceptionnel. D’autres fosses telles celles de la pointe de la Torche ou celle de Mousterlin (Fouesnant), seront ainsi découvertes dans le Finistère après la Libération.


Les victimes du Poulguen :


  • Yves Bévin, 23 ans de Peumerit, ancien quartier-maître, opticien-télémétriste de la Marine Nationale participe dès octobre 1943 au maquis de Spézet-Saint-Goazec. Le 23 novembre 1943, il se présente à la mairie de Saint-Goazec pour obtenir des papiers car il se sait particulièrement recherché. Le lendemain, comme il fait provision de pain, il est arrêté au Fell en Spézet lors d’une opération de ratissage. Il porte sur lui une carte d’identité établie sous un faux nom et, croit-on savoir, un chargeur.

  • Jean-Yves Bourlès, 24 ans de Pleyber-Christ.

  • Emmanuel Brusq, domestique de ferme originaire d’Audierne, âgé de 21 ans.

  • Eugène Cadic, âgé de 23 ans, Eugène Lorec, 24 ans et Jean-Louis Lancien (peintre en bâtiment) âgé de 23 ans, de Scaër, appartenaient au groupe de résistance qui avait été formé à Bannalec au début de 1943. Probablement à la suite d’une dénonciation, il ont été arrêtés avec cinq autres résistants à Gourin dans la nuit du 8 au 9 janvier 1944 à l’hôtel restaurant Perrot qui avait été cerné de nuit par la Gestapo.

  • Maurice Cam, employé de bureau né à Pont-de-Buis en 1923 entre au P.C.F clandestin fin 1940. Co-auteur d’un attentat en gare de Châteaulin en 1941 il est versé aux F.T.P au printemps 1942. Il passe au maquis de Spézet-Saint-Goazec et blesse grièvement un policier français collaborateur, le commissaire Marchand de Quimper. Il est fait prisonnier le 24 novembre 1943 au village du Fell en Spézet lors d’une opération de ratissage.

  • Henri Caron dit « William », né le 18 février 1919 à Sorel-Moussel (Eure et Loire) était devenu le chef du du groupe morlaisien de résistance « Justice » formé en juin 1942. Il a participé à de nombreuses opérations contre l’occupant et a été dénoncé par une femme jouant double jeu. Ses amis tenteront sans succès de le faire sortir de la prison Saint-Charles de Quimper.

  • Paul Coat, mécanicien de Lambézellec, âgé de 21 ans.
  • René-Marie Cochery, chauffeur, originaire de Chartres, âgé de 30 ans.
  • Albert Créach né en 1921 à Pleyber-Christ, sympathisant du P.C.F, diffusait la presse et les tracts du parti. Il prit part à des actions contre l’occupant. A l’issue de l’une d’entre elles, il tombera dans un piège tendu par les allemands avec l’aide d’une « collaboratrice ».

  • Henri Grall, séminariste, né en 1922 à Pleyber-Christ.

  • Marcel Guérin s’appelait en réalité Jacques Gavois. Il était né en 1922 dans la banlieue parisienne. Probablement à la suite d’une dénonciation, il a été arrêté avec cinq autres résistants à Gourin dans la nuit du 8 au 9 janvier 1944 à l’hôtel restaurant Perrot cerné de nuit par la Gestapo.

  • Marcel Kergonna, 24 ans, tombé aux mains de l’ennemi en février-mars 1944.

  • Roger le Baut, ouvrier originaire de Morlaix a été arrêté le dimanche 9 avril 1944 lors de l’attaque d’un véhicule ennemi qui transportait des prisonniers français de Pleyber-Christ à Morlaix.

  • Arthur Le Buanec, garde de voies, originaire de Guerlesquin, 25 ans.

  • François-Marie Le Gall de Saint-Grégoire.

  • Charles Le Port aide-ouvrier natif d’Ergué-Armel, 24 ans, était entré au F.T.P sous l’occupation allemande. Sympathisant du P.C.F., il distribue des tracts et participe à de nombreuses actions. Il a été arrêté au cours d’un engagement en février-mars 1944.

  • Joseph Moreno, républicain espagnol né en 1913, est le nom clandestin de Antoño Garcia Martin du village de Casas Viejas près de Cadix.

  • Le docteur Pierre Nicolas, oto-rhino-laryngologiste, 65 ans, originaire de Pont-Labbé, exerçait à Concarneau. Il y devint en avril 1943 le responsable cantonal de Libération-Nord et organisa avec fermeté et discrétion le premier mouvement de résistance. Le groupe recueillait des renseignements sur les installations militaires allemandes de Bénodet au Pouldu et recrutait des jeunes volontaires et réfractaires au S.T.O. Le docteur Pierre Nicolas sera arrêté le 22 février 1944. Ramenée à son domicile du Quai Pénéroff à Concarneau après l’ouverture de la fosse, sa dépouille sera veillée par une garde d’honneur. Une plaque commémorative aujourd’hui disparue avait été apposée après guerre sur sa maison. Son souvenir est aujourd’hui rappelé à Concarneau par le nom d’une avenue.

  • Robert Normant, 25 ans de Plouhinec,  pseudonyme « Jean Jacques » a été arrêté près de la gare de Quimper.

  • Roger-Marie Paugam, électricien originaire de Saint Marc, âgé de 21 ans

  • François Philippe 24 ans de Landivisiau (ou Pleyber-Christ ?)

  • Pierre Plouzennec, de Plougastel-Saint Germain, 24 ans, avait fait partie du groupe de douze hommes ayant attaqué le 9 avril 1944 la prison Saint-Charles de Quimper. Il a été arrêté peu après sous un autre motif.

  • Arthur Queinnec, ferblantier originaire de Penhars, F.T.P du pays bigouden, 25 ans, est tombé aux mains des l’ennemi en février-mars 1944.

  • Roger Signor, 23 ans, habitait Camaret. Engagé dans la marine nationale, il revient à Camaret après le sabordage de la flotte à Toulon. Il part rejoindre le premier maquis de Bretagne à Spézet. Il a été arrêté le 5 janvier 1944 à Gourin.

  • Jean Simon d’Audierne, pseudonyme « Paul », 20 ans a été arrêté près de la gare de Quimper.

  • Hervé Tanguy, né en 1926, stucateur originaire de Brest. F.T.P, il participe à de nombreuses actions contre l’occupant.

  • Marcel Volant, F.T.P de Quimper, 28 ans.


Les corps de deux résistants de Plonannalec-Lesconil ont aussi été placés dans la fosse :


  • Antoine Volant, né le 29 mars 1922, a été abattu le 9 juin 1944 au lieu dit « Kervéol », alors qu’il avait tenté de fuir le presbytère de Plonivel lors de son attaque par les Allemands. Son frère Yves blessé à mort mourra lui aussi le même jour lors de son transfert à Pont-Labbé.

  • Yves Volant, âgé de 30 ans était le frère aîné d'Antoine. Yves a été abattu alors qu'il avait réussi à traverser en courant la ria du Steir en s'échappant de Plonivel. Il est mort après son transfert à Pont-L'Abbé.


Quatre corps retirés de la fosse n’ont pu être identifiés selon l’inscription sur le monument.



Source : https://www.letelegramme.fr/finistere/pont-labbe/resistance-un-site-pour-ne-pas-oublier-24-11-2016-11304508.php


Durant la Seconde Guerre mondiale, le Pays bigouden a été un haut lieu de la Résistance. Trois Bigoudens, anciens enseignants, viennent de lancer un site dédié qui, s'il rend d'abord hommage au courage de ces résistants, entend prolonger leur souvenir auprès des jeunes générations.

« Il faut que les jeunes connaissent cette histoire », lance Jean Kervision. Cette histoire, c'est celle de la Seconde Guerre mondiale, de l'occupation allemande dans le Pays bigouden et de cette résistance qui s'organise sur le territoire bigouden. Une histoire que Jean Kervision, qui a été instituteur et adjoint au maire du Guilvinec, a bien connue. « J'ai subi la rafle du 12 août 1944 » qui marquera les populations de Guilvinec et de Treffiagat, dont il est originaire. Jean Kervision n'a que 16 ans. Le souvenir est toujours aussi intact.

Hier, c'est à Plobannalec-Lesconil, commune qui paya elle aussi un lourd tribut, que Jean Kervision, le Guilviniste Pierre-Jean Berrou, géographe, auteur de nombreuses publications sur l'histoire du Guilvinec et le Loctudiste Gaston Balliot ont présenté, à l'occasion de son lancement, un site Internet consacré à la guerre et la résistance dans le Pays bigouden. Un site dont l'objectif est de « rendre public une foule de documents sur la période de 1940-1944 dans le Pays Bigouden rudement mis à l'épreuve », précise Gaston Balliot. Histoire de rendre hommage au courage de ces hommes et femmes. Histoire également de prolonger leur souvenir auprès des plus jeunes.


La foule rend hommage aux fusillés de Lesconil


« Tous les documents que l'on avait, fallait surtout pas qu'ils soient perdus, surtout dans l'ambiance actuelle », lance Gaston Balliot. Le site revient sur ces cinq années, des premiers clandestins de 1940 aux fusillés de La Torche en passant par l'usine à galets de Tréguennec. Au texte s'ajoutent les photos, comme celle, impressionnante, de l'inhumation provisoire des fusillés de Lesconil dans le cimetière de Plobannalec. La photographie, prise du haut du clocher de l'église, montre une foule compacte de Bigoudènes en coiffe.

Il y a aussi ces photos des fusillés de Poulguen. « Ils venaient de tout le Finistère et ont été regroupés à Poulguen où les Allemands avaient un stand de tir. Ils ont été fusillés et ont été enterrés là », raconte Jean Kervision. Les photos de 1944 racontent la découverte des fosses communes, l'exhumation des corps, montrent ces cercueils numérotés à même la dune et l'hommage rendu dans le cimetière de Penmarc'h.


Documents recherchés


Une grande part des articles publiés en ligne est issue d'un travail mené dans les années 1980. Jean Kervision a l'idée de proposer dans les bulletins municipaux du Guilvinec, dont il est alors adjoint au maire, des papiers historiques. Il demande à Pierre-Jean Berrou, qu'il a connu sur les bancs de l'école, d'agrémenter ces bulletins par des papiers historiques. Au fil des années, il raconte dans Ar Gelveneg l'histoire des Guilvinistes dans la France libre, les rafles de 1944, la libération au Guilvinec.

Parallèlement, il écrit, dans la revue Cap Caval, l'histoire des fusiliers marins bigoudens de la France libre. De son côté, Jean Kervision, responsable du « Travailleur bigouden », organe de la section bigoudène du Parti communiste français côtoie bon nombre de résistants dont Jean Le Brun, Jean Désiré Larnicol et Guillaume Bodéré. Trois figures dont les biographies présentes dans le « Maitron », dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social dont il est un des rédacteurs. En ligne, on retrouve ces biographies et de nombreuses autres.

« Il y en a une quarantaine », explique Gaston Balliot. C'est lui qui, devant la masse de documents, a eu l'idée de les rassembler sur un même site. Lequel ne demande qu'à s'enrichir. « Nous n'avons pas beaucoup de renseignement sur le haut Pays bigouden », avance Pierre-Jean Berrou. Témoignages et documents sont les bienvenus.
www.bigouden1944.wordpress.com. Le site propose un formulaire de contact.